CHAPITRE IV
mille fois servir comme volontaire à paie, et si les choses changent, je reprendrai certainement le poste brillant que j’occupois dans notre régiment. . ... Mon père n’ignore pas combien je désire être utile à la maison, au lieu de lui être à charge, et cette idée seule me feroit tout entreprendre pour nous tirer d’embarras. Presque tous mes amis sont dans la même position, et quoique peut-être ils ne la sentent pas aussi vivement que moi, ils réuniront leur sort au mien et ensemble nous tâcherons de nous avancer. . . . .
On a des détails sur la malheureuse affaire de Marseille. Les Jacobins y ont pris les armes à l’improviste et sont tombés sur les bons avec acharnement. On s’est battu pendant vingtquatre heures dans les rues. [1 y a eu neuf cents hommes de tués de part et d'autre. Carteau a profité de cette désunion pour entrer dans la ville avec quatre mille hommes ramassés à la hâte des débris de son armée. Quelques Marseillois ont été à Toulon demander des secours à la flotte angloise qui va y faire voile. Les Marseillois fédérés ont bien vite quitté Arles pour retourner contre les Jacobins, auxquels il n’y a pas apparence qu'ils fassent de quartier. Cela va déterminer les provinces méridionales à laisser débarquer les Anglois et Espagnols, ce qui est, dit-on, très-prochain, et dès lors la guerre se fera avec plus de régularité et plus d'avantages, tant pour les Marseillois que pour les Lyonnoïs, qui se défendent toujours très-bien et ne veulent pas même entrer en pourparlers avec Dubois ; bien loin d’être découragés de la prise de Marseille, ils n’en sont que.plus enragés. . . . . »
Le Club fraternel des révolutionnaires genevois (le Grand elub) aux Comités d'Administration et de Sûreté réunis, du 17 septembre, l’an II de Egalité.
& Citoyens Magistrats, Le Club fraternel des Révolutionnaires genevois, prêt à
donner des preuves de son civisme et de son attachement à la Révolution, a considéré que le témoignage le moins équivoque, la marque la plus certaine que la Révolution est opérée sans retour, c’est que les Grenevois amis de la liberté et de l'égalité doivent avec plaisir anéantir tout ce qui pourroit leur rappeler le souvenir des temps malheureux de la féodalité, des distinctions de rangs, de naissance et de priviléges. Ils proposent done qu’il soit fait, non pas un sacrifice, le nom n’est pas propre à la chose, mais une offrande à l’Egalité, de tous les titres et documents qui constatent qu’il fut un temps où il existoit un ordre de choses qui divisoit la famille Genevoise en différentes classes, oppressives et oppressées, de souverains et de sujets. Que toutes les lettres de Bourgeoisie qui accordoiïent aux possesseurs le droit de dominer sur leurs frères et leurs égaux soient brûlées solennellement avec les registres qui en sont la minute; qu’on n’en retrouve plus aucune trace, et que de droit et de fait nous soyons sous le règne de l’Egalité, car tel est l'esprit de la Révolution. Déjà quelques-uns d’entre nous ont donné l'exemple et ont fait hommage à la raison de ces parchemins si chèrement payés, qui sont un monument plus honteux que l’esclavage. Des faveurs accordées par l’aristocratie à ses fauteurs, ou aux citoyens forcés de financer pour acquérir le droit d’exister de leur industrie et de leurs talents, on doit en oublier l’origine et le nom. Que les citoyens magistrats, auxquels le Club fraternel s'adresse, comme aux autorités compétentes, avisent un moyen d'inviter également tous les ci-devants Bourgeoïs d’apporter à l’incendie général qui sera fait de tous les titres et registres, leurs lettres de Bourgeoisie, pour recevoir en échange le glorieux titre de CITOYENS DE GENÈVE, comme tous leurs frères, qui n’en connoissent point au dessus, et qu’un jour solennel mais prochain, soit fixé pour ce mémorable holocauste. On reconnoîtra bien certaine-
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