CHAPITRE IV
Soulavie ne veut plus signer de passeports, même pour de largent. Il veut que deux membres de PA, N. certifient le civisme. L’A. N. en a eu du désagrément et ne veut plus s’en mêler, disant que le résident ne peut pas les refuser. La chose en est là; les Comités travaillent à gagner le résident. Le club Grenus s’est réuni à celui de la Comédie pour mieux réussir à faire le mal. Ils y ont décidé samedi, à l’unanimité, de faire vendre tous les chevaux de luxe des Genevois et d'inviter les municipalités françoises à venir les acheter. Ils ont commencé à traiter de renvoyer tous les domestiques suisses; ils ont cassé soixante-deux personnes qui avoient des places, et donné leurs ordres aux Comités qui, en conséquence, ont déjà cassé douze personnes en leur disant: € Vous n'êtes plus agréables au Club.» Des Gouttes est le premier des douze; ensuite c’est des sergents, des commis au port et des gouvernantes de l'Hôpital. Les Comités font cela par partie, pour éviter toute secousse et donner le temps d’éduquer les successeurs : par exemple Gallatin est chargé de dresser un chancelier, et puis on lui donnera son congé. ! Le Club a formé un Comité de quinze personnes de son sein pour les subsistances.
Les dames Schmit (-Meyer) ont de nouveau de la troupe et des chevaux à Sierne; elles sont à Ürassier encore pour deux ou trois jours.
| Dans une lettre de Mademoiselle Anne G'allatin x Madame Galiffe-Naville, écrite quelques mois plus tard, elle lui dit : « Mon frère à remis hier au soir la clef de la chancellerie; on l’a remplacé par Gos, le fils d’un jardinier de Plainpalais. I1 à grand besoin de repos; depuis cinq ou six mois son travail étoit vraiment considérable; je me réjouis de lui voir enfin le soir libre. » Quant à Z.-H. Des Gouttes, destitué par les clubs, après la crise révolutionnaire, il fut appelé au Comité d'administration, c’est-à-dire au Conseil d'Etat de l’époque, où il rendit de grands services, surtout comme délégué de Genève en Suisse, en Allemague, à Paris où il remplaça par interim le ministre Reybaz, ete, etc. C'était par excellence le diplomate de l’époque, et cela dans des circonstances
exceptionnellement difficiles. 11 fut le père de M. l’avocat Des Gouttes- Colladon. — Nous le retrouverons plus loin.
Madame Cramer- W. et son filsont été mis en prison au secret par ordre des Comités sollicités et persécutés par Soulavie. Ce fut M. Bertrand et d’autres qui furent les prendre à Frontenex chez M. Calandrin. C’est toujours relativement aux papiers de Maligni que Soulavie veut avoir et que l'on n’a point pu trouver chez elle. Quel hiver cela nous présage. »
Le résident Soulavie refusait alors de légaliser non-seulement les passeports, mais encore les actes notariés; il ne faisait guère d'exception que pour les individus munis d’une déclaration de civisme du «€ Petit club » de la Montagne (v. page 266). — La réunion du Club Grenus à celui de la Comédie n’est sans doute pas autre chose que l’adhésion au Grand club central (v. page 258) du Club des Montagnards. Le Grand club fraternel des Révolutionnaires genevois avait, en effet, sous prétexte de la disette, proposé le 11 novembre de faire vendre aux enchères tous les chevaux de luxe de la ville et du territoire : € Qu'ils aïllent, disaient-ils, plus utiles que chez nous, servir à nos voisins à défendre la cause dela liberté! » Ils proposaient « de les remplacer par des vaches qui fourniraient au peuple du lait et de la viande. » Sur la proposition du Comité de subsistance dont il est ici question, on avait décidé de renvoyer & tous les domestiques mâles étrangers, » et © de réduire les domestiques femelles à une seule pour les ménages qui ne dépassaient pas sept individus. » Enfin, en mai 1794, «les Sans-Culottes de Plainpalais » proposèrent «€ de créer de vastes basses-cours pour y élever de la volaille, afin de procurer des bouillons de poulets aux femmes en couches appartenant à la démocratie, » & à cette classe de nos concitoyens peu moyennés qui développe autant d’énergie pour terrasser et anéantir le règne de l'esclavage, que de résignation à supporter les maux inévitables qu’entraîne
la régénération de tant d’abus qui affligeaient et flétrissaient