CHAPITRE IV
le cœur de tout homme raisonnable, ete., etc.; » l'Hôpital aurait à fournir les attelages, et les idiots seraient employés à empâter la volaille. À ces mesures bucoliques appartient aussi la culture démocratique des pommes de terre sur les terrains publies, dont nous parlerons plus loin.
De Mademoiselle Sophie Rilliet-Necker [ensuite comtesse de Portes) à la même, à Préverenges, près Morges; de Germany, lundi 12 ou 13 novembre 1798.
€ Je veux, ma chère Madame, que vous partagiez bien vite le bonheur que je dois à votre amitié. J’ai parlé à maman; je lui avoué que nous savions tout, et je l’ai rassurée sur le souci que nous cause cet événement ; il est diminué de moitié depuis cette conversation. L’amitié qu’elle m'a témoignée, la manière dont elle entre dans nos sentiments, la parfaite tranquillité où elle est sur le moment fatal, et puis ne plus être dans cet état pénible de gêne, tout cela m'a soulagée; et c’est à vous que je le dois. J’ai bien fait comme vous me l’aviez dit: je lai suivie dans sa chambre, et j'ai tâché de lui parler le plus tranquillement possible. J’ai commencé par l’embrasser et j'avois le cœur si gros que je ne pouvois pas parler. Elle étoit si loin de soupçonner que je le savois qu’elle ne comprenoit pas où j’en voulois venir; cette pauvre petitemaman, combien elle étoit tourmentée de l’idée de nous apprendre ce secret! Elle renvoyoit chaque jour. Ce qui m'a fait bien plaisir, c’est qu’elle m’a assurée qu’elle n’avoit pas eu un instant de mal et qu’au contraire elle ne s’étoit jamais mieux portée. Je lui ai parlé de votre lettre, sans la lui montrer. Elle a été très-touchée de votre amitié; elle me charge de vous le dire, mais je ne saurois point vous exprimer toute sa reconnoissance. . . . . lle ne fut pas trop émue. Elle pleuroit
beaucoup; mais cependant à la fin nous finimes par rire. J’avois peur que la conversation ne prît un tour trop sérieux. Ah ! chère Madame, combien je vous remercie de m'avoir fait faire cette démarche ! De quel état pénible vous nous avez tirées toutes trois.l. ....: .
De Madame Rilliet-Necker à la même, à Préverenges, près Morges ; de Germany, le 14 novembre 1793.
& Je vous remercie mille fois, chère amie, de votre bonne lettre et du sentiment qui l’a dictée. Celle de Sophie vous aura appris que nous avons mis fin à nos peines; mais c’est encore grâce à vous, puisque c’est d’après le conseil que vous lui avez donné que ces aimables enfants m'ont parlé et d’une manière charmante. Ah ! qu’elles m’ont soulagée, combien j'étois malheureuse! Il y a sept mois que je suis poursuivie, tous les jours et à tous les moments, de cette pénible pensée. Je ne croyois pas qu’il fût possible d’être aussi constamment occupée du même sujet. Enfin elles ont pris la chose comme je devois l’attendre de leurs excellents cœurs, mais j'étois loin de croire qu’elles le savoient. . . . .
Je suis très-reconnoissante de l’offie que vous me faites, chère amie, et je l’accepte avec empressement, en priant votre mari de n’y point mettre obstacle. Vous serez d’un grand secours à mes filles pour les tranquilliser sur les inquiétudes
1 Dans ces temps de ruine et d’alarmes continuelles, une perspective du genre de celle qui se présentait à Madame R.-N., mère d'enfants déjà nubiles, ne pouvait manquer de devenir l’occasion de soucis très-graves, que sa réserve lui avait fait cacher à son entourage le plus longtemps possible. Comme on le voit par cette lettre et par la suivante, son amie l'avait aidée à sortir sans secousse de cette position pénible, et lui offrait en outre d’aller la soigner. L'objet inconscient de toutes ces inquiétudes n’était autre que le futur colonel fédéral F.-J.-Louis R....-de C....., ancien capitaine aux gardes suisses.