‹ D'un siecle à l'autreChapitre 181 sur 253 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

déjà, et à sa justification complète. — On dit qu’un de nos envoyés à la Convention Nationale est revenu très-satisfait des dispositions de cette République vis-à-vis de la nôtre et de la Suisse en général. Tout cela feroit grand plaisir si l’on pouvoit bien y compter ; mais enfin il faut vivre dans l’espérance et profiter des bons moments. . . . . »

Cette «affaire» de Madame Catherine Cramer-de Wesselow et de son fils Zouis- Gabriel C., dont il a déjà été question, se rapportait encore à l’une de ces chicanes que le résident Soulavie cherchait à susciter au Gouvernement genevois et par lui aux familles anti-révolutionnaires. Plus de deux ans auparavant, sous l’ancien régime, la famille Cramer avait loué à M. de Maligny, alors résident de France, un appartement dont elle avait ensuite fait transporter divers objets à ses maisons de campagne de Sécheron et de Frontenex. Soulavie prétendait que dés papiers appartenant aux archives de la résidence, et soustraits par son prédécesseur, avaient été compris dans ce déménagement et de là acheminés en Suisse par la barque d’Ouchy. Les inculpés, pleinement justifiés de cette accusation, furent déclarés «absous et irréprochables, » mais après une dizaine de jours d'emprisonnement (Reg. du Cons. d’Adm., 10-20 novembre 1793).

« La Société des révolutionnaires montagnards, sentinelles de la Liberté, aux citoyens membres des Comités réunis d’Administration et de Sûreté, Salut et respect!

Citoyens Magistrats, C’estavec le plus grand étonnement que nous avons appris qu’il existoit encore sur le sol de l’Egalité des monuments odieux et publies de l'aristocratie, de la féodalité; que ces mo-

numents frappant chaque jour les yeux de nos voisins et amis

les François, qui les ont entièrement extirpés de leur République, leur causoient une indignation qui devoit dès ce soir leur faire violer notre territoire pour les aller renverser.

Citoyens Magistrats, les Montagnards vous donneront en tout temps des preuves de leur inviolable soumission aux lois, de leur attachement respectueux aux autorités et en même temps de leur franchise républicaine. Ils se permettent donc de vous dire que dès longtemps les gibets, les girouettes de fiefs dépendant de la République et tous les autres signes exécrables de la féodalité ne devroient plus blesser les regards des hommes libres qui ont rétabli l’Egalité. Que nous disent ces insolentes marques de la tyrannie, arborées par de petits despotes ? Elles semblent braver, elles insultent, citoyens Magistrats, à notre révolution. Les châteaux à girouettes, les potences de seigneur font un étrange contraste avec nos arbres de la Liberté et nos bonnets rouges. Aussitôt après l'érection de ce signe révolutionnaire, devoient être abattues, détruites, effacées toutes ces orgueilleuses inventions distinctives de Pabominable aristocratie; cette ligne de démarcation entre le maître et l’esclave, le souverain et le sujet, devroit-on en apercevoir les vestiges aujourd’hui ?

Hier au soir, citoyens Magistrats, l’un de nos membres nous avertit que les citoyens François de Verni auroient déjà rasé jusqu'aux fondements les fourches patibulaires du fief Turettin, qui, plantées sur la frontière des deux Etats, semblent provoquer la généreuse fureur d’un peuple libre, si ce citoyen ne leur avoit pas promis solennellement que dès aujourd’hui la Société des Montagnards présenteroit une adresse aux autorités constituées pour obtenir la satisfaction due à la sainte cause de l’Egalité. Votre sagesse, citoyens Magistrats, se hâtera de prévenir un acte de violence de la part de nos voisins amis.

En arrachant, en détruisant ces restes d’un pouvoir abhorré,

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