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CHAPITRE IV

dau, annonçant la prochaine arrivée de l’armée de la Moselle; alors Laubadère manque à sa parole, ferme ses portes aux Allemands qui, furieux de cette conduite, jurent d’exterminer Landau lorsqu'ils y rentreront, ce qu’on regarde comme trèsprochain, vu les batailles consécutives que les François ont perdues le 1%, le 2 et le 4 de ce mois; on évalue leur perte en tués, blessés ou prisonniers à plus de vingt mille hommes. Les Allemands ont eu, dit-on, deux ou trois mille hommes de tués, surtout beaucoup d'officiers qu’on regrette infiniment; trois cents gentilshommes françois ont péri, le duc de Bourbon a eu deux doigts emportés.

Les papiers françois du 8 annoncent que les Anglois ont fait une sortie de Toulon où ïls ont perdu quinze cents hommes, — est-ce vrai? Que les rebelles de la Vendée se sont retrouvés dans cette Vendée déserte pour aller assiéger Angers, qu’ils l’ont attaquée pendant vingt-quatre heures, y ont trouvé la mort et que le peu qui s’est sauvé va être anéanti pour jamais, — est-ce vrai? Qu’une flotte angloise de quarante voiles menace les côtes de Bretagne d’une descente, — est-ce vrai ?

Hier, 12 décembre, jour de fête redouté par bien des gens qui craignoient les incidents, s’est passé sans aucun inconvénient physique. On avoit fait au Club les motions de prier les ministres de prêcher en bonnets rouges, de mettre la tête de Rousseau à la place de celle du duc de Rohan, à qui on auroit coupé sa tête de pierre, et d’autres de ce genre. Les Comités, par force ou par adresse, ont calmé les têtes, et en se prêtant à un certain appareil, ont fait éviter de plus grosses sottises. — Anspackh à fait un vieux sermon de jour de Jeûne, précédé d’un exorde dans lequel il blâme fortement l’ancien Grouvernement d’avoir supprimé la fête de l’Escalade. Ze Cointe et Mestrezat ont prêché avec force, noblesse et prudence. Après le sermon on s’est rendu à l’hôtel de ville, d’où l’on est res-

sorti en procession formée par les Comités, les auditeurs, l’Assemblée Nationale, des volontaires en uniforme genevois, des sans-culottes portant sur des civières les casques, les échelles, les armures, ete., de l’Escalade; puis une partie dela garnison, dont la moitié en bonnets rouges, et tous ceux qui vouloient s’y Joindre. Cette procession a descendu la Cité, traversé les Etuves, remonté la rue Rousseau, a été saluée à Cornavin par quelques coups de canon, puis s’est rendue sur le cimetière de Saint-Gervais ; là Anspach a fait un petit discours sur l’indépendance que nos pères avoient sauvée; les volontaires ont tiraillé, et l’on a chanté un hymne, composé par Vernes, en l’honneur de ceux qui étoient morts pour la patrie. Puis la procession, revenant par les Rues basses et le Bourg de Four, est rentrée à l’hôtel de ville pour déposer les armures, et les Comités ont invité tous les assistants à se rendre au Club pour continuer la fête. Soulavie avoit demandé d’être de la procession, et on l’avoit refusé sous prétexte que c’étoit une fête de famille; mais, pour ne pas trop lui déplaire, on l’envoya prier de se rendre au Club. Là, Bourdillon-Dieday, qui en est président, fit un discours analogue à la journée, et s'adressant aux auditeurs point membres du Club, les invita à y venir souvent pour juger de la manière fraternelle dont on y traitoit les affaires, et même à y donner leur avis. Gasc ou Bourrit, je ne sais lequel, fit un discours tourné davantage du côté de la religion. Soulavie fit l'éloge de la Révolution à Genève, de notre culte simple et dépouillé de toutes les farces et superstitions du catholicisme, et finit par des protestations d'amitié et de fraternité de la part de la République françoise. Ensuite le président congédia l’assemblée, en invitant chaque individu à rentrer chez soi et à souper en famille. On obéit : pas trop de bruit, point d'ivresse, point d’accident, pas même un feu de cheminée. J’ai oublié de faire mention de la

musique, au son de laquelle toute la procession chantoit les

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