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CHAPITRE IV

vous mander de nouveau. Il me reste à vous remercier mille fois de votre obligeant intérêt, qui contribue bien à adoucir l’amertume des chagrins qui nous assaillent. Un soulagement dans tout cela, est de savoir mon cousin Naville hors d’atteinte. S'il est encore à Préverenges, faites-lui de ma part mille et mille amitiés, sans oublier votre mari, vos fils et vos filles, qui ne doivent jamais douter de celle que je ressens pour eux. — Adieu, ma chère cousine, aimez-moi, je vous prie, et croyez que mes tendres sentiments pour vous sont durables comme ma vie. Excusez mon griffonnage. Votre JENNY DE THELLUSSON. »

De Mademoiselle Annede Gallatin à la même, à Préverenges; de Bel-Air, jeudi mars 1794.

& Nous avons eu bien du plaisir à voir M. Galiffe, qui passa une heure avec nous. Je le trouvai mieux que je n’aurois cru, et pour l’âme et pour le corps. . : . . Tu comprends que je ne parlai pas à ton mari de ce qui l’amenoit à Genève. Mais j'aurois voulu lui faire comprendre indirectement quelle différence il y a réellement et combien on en met entre les gens qui se conduisent comme lui et tant d’autres dont on rougit d’être les compatriotes. — Je t’envie le bonheur d’avoir vu la famille Lullin, quel heureux événement que cette évasion! comme tout cela a été bien conduit, et quel

poids ôté de dessus nos cœurs. . ,: . . »

De lord Fitz-Gérald, ministre plénipotentiaire de $. M. Britannique en Suisse, au Conseil secret de Berne, de Berne, le 6 mars 1794.

« Magnifiques et Puissants Seigneurs, Seigneurs Avoyer et Sénateurs composant le Conseil secret de Berne.

Le soussigné, Ministre Plénipotentiaire de S. M. Britan-

nique, est informé que les personnes maintenant en possession du pouvoir dans la République de Genève, s’efforcent d’obtenir des Louables Cantons de Zurich et de Berne la reconnoissance de leur autorité. Il est bien convaincu qu’en persistant dans la résolution de protéger l’indépendance du territoire de Genève, à laquelle $S. M. prend le plus vif intérêt, les M, et P. $. des Conseils souverains de Zurich et de Berne ne considèrent pas comme légitime le pouvoir de ceux qui s’y sont emparés de la domination, et il ne doït pas dissimuler à VV. EE. que $. M. verroit avec autant de peine que de surprise reconnoître cette forme de gouvernement, VV. EE. en apercevront aisément les motifs. On ne rappellera pas ici ceux qui concernent en particulier la Suisse, et qui ne peuvent être indifférents à $. M. Britannique, d’après son affection pour les divers Etats qui la composent et son désir de contribuer au maintien de leur prospérité et de leur Constitution; mais VV. EE. n’ignorent pas que le nouveau Gouvernement de Grenève est le fruit des intrigues et des violences excitées par les agents des ennemis de S. M.; qu'il est une suite de leur projet de détruire l’ordre public partout où leurs émissaires seroient impunis, et où on se laisseroit intimider par leurs menaces et tromper par leurs caresses; qu’entièrement soumis à leur influence, il n’a pas empêché les partisans de l’anarchie d’outrager les Puissances alliées et de faire des réjouissances publiques pour quelques revers éprouvés par les armées qui combattent pour la sûreté et la civilisation de tous les Etats de l’Europe; qu'il est fondé sur le même système qui a déjà produit en France tant de crimes et de calamités, et qu’il n’a jamais eu la libre approbation du plus grand nombre des citoyens, dont les suffrages sont enchaînés par la terreur que leur inspire la proximité des troupes françoises.

Aucune de ces considérations n’échappera, sans doute, à la

sagesse de VV. EE.

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