CHAPITRE IV
Lundi 24 mars 1794. &. . . . . Je ne m'étendrai pas sur l'affaire qu'a eue Boissier, le cadet, avec Audéoud. Vous en aurez sans doute été très-vite instruit, puisqu'ils se sont battus près de Coppet. J’ignore comment va ce soir la blessure d’Audéoud; je suis content que Boissier s’en soit bien HR a de x D
Awril AIM ESS PP NT, 1 Le tonnerre est tombé sur l'arbre de la Liberté à Carouge. . . . . Je vous quitte un instant pour aller voir ce que regarde tout ce monde qui est là rassemblé. . . . . J’en reviens: c’est le plus gros poisson que j'aie vu de ma vie. Il estaussi gros que mon
corps, mais moins long, c’est un brochet. , . . . »
De Mme Noville-Rilliet à Mme Galiffe-Naville, à Préverenges, près Morges ; de Céligny, 22 mars 1794.
&« Nos lettres se sont croisées hier, ma chère sœur, et dans la mienne je ne parlai point de la dernière démarche faite au greffe par ton mari, parce que, comme il ne m'en a rien dit, j'ai cru qu’il préféroit ne pas connoître notre façon de penser là-dessus. Il n’auroit pu voir cependant que le plus tendre et le plus vif mtérêt que nous prenons à tout ce qui lui arrive et à tous les membres de sa famille. A la décadence de la maison Passavant, je prévis bien les malheurs qui alloient fondre sur tant de gens qui n’en étoient pas coupables: nos amis de Candolle, notre oncle Thellusson et bien d’autres sont, comme vous, les victimes innocentes de ceux qui ont donné tête baissée dans les idées de la Révolution, et nous-mêmes, nous ne sommes pas à l’abri d’avoir le même sort; je fais ce que je peux pour le prévenir. Mais qu'est-ce que des économies qui, additionnées, ne représentent qu’une très-petite somme, en comparaison de ce qu’il faut payer pour les billets solidaires ?
Il faut done courber la tête et chercher à se résigner aux
maux présents et à venir. Tu comprends que vous sortez peu de ma pensée et que j'ai écrit à ton frère votre position présente. Il me répond selon tout ce qu’un frère tendrement attaché à sa sœur et à ses neveux et nièces doit sentir et éprouver dans un moment aussi triste. Il m’avoit chargée de vous témoigner ses sentiments, ce que je n’avois pas fait jusqu’à présent, croyant que vous préféreriez que nous ne vous parlassions pas de cette malheureuse matière. Je t’assure, chère sœur, que je repasse souvent dans ma tête le sort de tes cinq enfants, il me serre le cœur.
Je te disois hier que les Jacobins paroissoient s’être réconciliés avec les Cordeliers: ils n’ont voulu que leur jeter de la poudre aux yeux. — Beaumont, sa femme et ses enfants arrivèrent à Genève mercredi dernier, étant partis de Paris le vendredi soir, 14, à minuit. Il a apporté la nouvelle, que les gazettes reçues hier ont confirmée, que ce même vendredi Hebert, Vincent, Ronsin, ete. (on les porte à 29 personnes), ont été arrêtés et conduits à la Conciergerie pour être jugés très-vite et condamnés comme traîtres à la Patrie.
À la suite d’un long discours de Saint-Just, il a été décrété que tous ceux qui attenteroient directement ou indirectement à la dignité de la Con(vention) N(ationale) et du Comité de Salut public, seroient punis de mort ; que tous ceux qui par incivisme voudroient fuir seroient mis hors la Loï, et ceux qui les recéleroient punis comme suspects; que l’on établiroit six commissions, dont les membres seroient élus par le Comité de Salut public, pour juger tous ceux qui sont dans les prisons. Il y à encore d’autres articles tout aussi atroces.
M. Beaumont dit, qu’on disoit à Paris que les Vendéens avoient battu les Patriotes et marchoïent sur Paris ; mais cela mérite grande confirmation. »
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