CHAPITRE PREMIER
M. le comte de Lautrec (ministre plénipotentiaire du Roi pour la médiation des troubles de Genève) assista à toutes les
audiences.
Ensuite l’on fut dîner ; nous étions vingt-six personnes à table, et nous y fûmes servis avec toute la magnificence possible ; on resta à table jusqu’à cinq heures.
Ensuite nos Messieurs seuls furent à l’audience de M. Amelot (ministre des affaires étrangères), de chez qui ils sortirent aussi très-satisfaits. Puis on remonta tous en carrosse comme on étoit venu. Nous arrivâmes à Paris sur les sept heures, où chacun prit congé de ces Messieurs et se retira.
Lundi 8 du courant, nos Messieurs eurent audience du duc de Bourbon, qui les gracieusa fort et leur fit mille offres obligeantes pour eux et pour la République. ! »
L'auteur de la lettre (ou fragment de lettre) suivante, sans adresse ni signature, mais datée de Chézeaux le 3 août 1743, est évidemment Jean-Philippe de Loys de Chézeaux, physicien et astronome vaudois distingué, membre des principales sociétés savantes de son époque, et qui avait établi un observatoire à Chézeaux, au-dessus de Lausanne, au Pays de Vaud. II était en relation avec Calandrini qui lui adressa peu de temps après une lettre publique « sur la Comète de décembre 1743. > Nous pensons néanmoins que celle-ci était destinée à G. Cramer, proche parent des de Loys.
« Monsieur mon très-cher Oncle,
J'aurai l’honneur de vous dire d’abord que les premières remarques que vous avez reçues sur les montagnes de Savoye
4 Ajoutons que MM. de Sainctot et de la Tournelle apportèrent ensuite aux envoyés genevois à Paris ainsi qu’au ministre, les présents du roi, consistant pour chacun dans le portrait de « notre bon ami et allié » dans une tabatière d’or enrichie de diamants. Le Conseil genevois, en donnant une entière approbation à la gestion de ces Messieurs, les autorisa à garder ces cadeaux. Les rapports avec la France étaient alors particulièrement affables de part et d’autre. Des deux côtés on frappa des médailles pour commémorer les heureux résultats dela médiation. (Grenus, Fragments biogr. et hist.)
étoient fort imparfaites, n’ayant été prises que des extrémités d’une base de 2000 ou 3000 pieds et avec des angles obtus qui demandent certaines précautions auxquelles je n’ai bien pu prendre garde que dernièrement. Aussi ces dernières sont les seules sur lesquelles vous puissiez compter, et je ne crois pas qu’il y aitbeaucoup de différence entre elles et une exacte précision, si ce n’est peut-être celle de la Montagne Maudite, dont le grand éloignement rend la parallaxe très-petite et la distance plus difficile à déterminer. J’ai trouvé sur une base de plus de 13,000 pieds ou d’une lieue entière, que la distance de cette montagne ici est de 43,295 toises ou 19 lieues moins 1/40, et sa hauteur sur le niveau d’ici de 2,146 toises et par conséquent sur le lac de 2,242 toises, c’est-à-dire d’une lieue moins 40 toises, son amplitude est d’environ 193°1}. Je compte les amplitudes depuis le point du nord par l’occident vers le midi et de là par lorient en retournant au nord, ce qui donne 90° pour l’occident, 180° pour le midi et 270° pour lorient. Cette manière est la plus commode et lève toute équivoque. J’ai deux remarques à vous proposer sur la comparaison de mon observation de cette montagne avec celles contenues dans le Mercure que vous avez eu la bonté de m’envoyer : la première, que dans le calcul de la hauteur de la montagne, j'ai eu égard à la différence du niveau apparent sur le véritable, causée par la rondeur de la terre. Cette différence fait qu'un objet éloigné, comme cette montagne, de 19 lieues pourroïit paraître à l’horizon visuel, quoiqu'il fût réellement élevé sur la surface ronde de la terre de 287 toises. Je ne sais si la différence qui se trouve entre ma détermination et celle de M. de Duillier ne viendroit point de ce qu’il a négligé cet effet de la rondeur de la terre, qui n’a été bien connu que depuis les observations de Messieurs de l’Académie sur la figure de la terre, et peut-être aussi de ce que n’ayant
pas trouvé une assez grande base pour mesurer la hauteur et