CHAPITRE PREMIER
la distance de cette montagne, il crut qu’il étoit plus sûr de s’en tenir au nombre rond de 2000 toises. Une autre remarque, c’est sur sa position par rapport à Genève, la hauteur du pôle étant environ de 22” 20° moindre que celle d'ici, et son amplitude vue d’ici de 145°. Il est facile de calculer que l’amplitude de cette montagne par rapport à Genève doit être d'environ 230° ‘h, au lieu que l’auteur de la relation du Mercure la donne suivant ma manière de compter de 234° 11°. Surpris de cette différence, j'ai cru d’en avoir trouvé la raison dans le calcul de cet auteur. En effet, il a fondé la détermination de cette amplitude sur celle du soleil levant au solstice d’hiver pour la hauteur du pôle de Genève ; mais l’amplitude du soleil levant dans l’horizon est bien différente de celle du soleil élevé du 3° 15”, qui est à peu près la hauteur apparente de cette montagne vue depuis Genève, derrière le sommet de laquelle se fait le lever apparent du soleil etnon pas à l’horizon, et la différence est à peu près celle qui se trouve entre ma détermination et celle de cet auteur. J'ai aussi observé la distance du Môle ici de 22,480 toises ou 9 Ÿ/, lieues, et sa hauteur vraie sur le lac de 557 toises, et son amplitude de 153° 54°. D'où j'ai calculé l’angle qu’elle fait avec Genève et la Montagne Maudite, d'environ 128°, plus aigu de 30° que celui que marque l’auteur. Je ne sais s’il n’y a point une faute d’impression, mais je ne crois pas de m'être trompé. J’aitrouvéaussi la distance de la montagne de Suchui, en Bourgogne, de 12,704 toises et son amplitude 26° 20°, sa hauteur sur le lac de 626 toises, et enfin la distance entre une maison de Thonon et la tour occidentale et septentrionale du château de Morges, de 8097 toises ; de sorte que je crois la largeur du lac dans ce sens-là d'environ 8000 toises ou un peu plus ; il est à remarquer aussi qu'il s’en faut 4° que ces deux points ne soient sur le même méridien, la maison de Thonon déclinant d'autant du méridien de ce château vers l'occident. Les am-
plitudes que je vous marque ici n’ont pas été prises à la boussole, méthode très-imparfaite et très-incertaine, maïs par des observations astronomiques qui les donnent très-exactement. ! »
Extraits d’une lettre anglaise de Jean-Louis Calandrini à M. Williamson, à Londres, de Genève, février 1745, en réponse à une lettre du destinataire, écrite de Grand.
NB. Le style, quoique assez correct, ne nous a pas semblé assez coulant pour qu’une traduction ne lui fût pas préférable. Calandrini écrivait l'italien plus facilement encore que l’anglais.
«Vous me donnez des nouvelles de M. Séillingfieet.? J'ai été excessivement sensible à son bon souvenir, et je voudrais, comme vous, qu'il mit un peu de modération dans ses pro-
! Le terme Montagne Maudite ne saurait naturellement s'appliquer ici qu'à une et probablement à la plus élevée des cimes du groupe du Mont-Blane, appelées alors dans leur ensembleles Monts Maudits, non-seulement parce qu’elles passaient pour inaccessibles, maïs aussi sans doute à cause de l’action fatale qu’on leur attribuait, avec raison peut-être, sur toutes les contrées environnantes qui jouissaient en plein, sans obstacle intermédiaire, de la vue de cet énorme amas de glaces et de neiges éternelles. On sait que Voltaire lui reprochaitses rhumatismes. — La Montagne du Suchui,en Bourgogne, est évidemment le Mont Suchet situé entre le canton de Vaud et le département du Doubs. Mais M. de Loys se trompe quant à l'altitude réelle du Môle, supérieure aux pointes les plus élevées du Jura. — M. de Duillier, dont il est question dans cette lettre, est l’un des deux frères Fatio qui possédaient la seigneurie de Duillier, au pays de Vaud, et probablement Nicolas, le cadet et le plus distingué par l’originalité de son esprit et l'étendue de ses connaissances. C’est lui d’ailleurs, au dire de Senebier, qui avait mesuré géométriquement les montagnes autour de Genève et déterminé leur hauteur au-dessus du lac, en vue d’une carte de cette contrée à laquelle il travaillait. Selon Abauzit, c’est lui aussi, plus que son frère, qu'il faut considérer comme l’auteur des remarques physiques insérées dans le second volume de l'Histoire de Genève de Spon, rééditée par Gautier, On sait que cet homme vraiment distingué donna plus tard dans les nouvelles idées méthodistes anglaises avec une ferveur qui lui valut l'exposition sur les places publiques de Londres, bien qu’il fût, comme son frère, membre de la Société Royale de cette ville.
? I1 s’agit dans cette lettre d'autant d'illustrations anglaises: Benjamin Stillingfeet, neveu de l’évêque controversiste de même nom, était un naturaliste qui rendit de grands services en popularisant en Angleterre le système de