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CHAPITRE IV

chée une couronne de fleurs, couverte aussi d’un voile blanc, symbole de la pudeur, avec ces mots: Rousseau fit aimer la vertu par le sentiment.

Six vieillards, chacun d’un âge très-avancé, en cheveux blanes, au milieu desquels un homme porteroit une enseigne où seroit écrit ces mots: La Constitution genevoise consacre le respect pour les vieillards.

Une députation de douze agriculteurs avec une enseigne où seroit une couronne d’épis avec cette devise: Le premier des arts, où Le travail est un trésor.

Une députation du corps des horlogers et des professions qui se rapportent à l’horlogerie, avec l’enseigne d’un cadran sans aiguille.

Enfin l’Hospitalier avec les membres de la direction, avec une enseigne où seroit écrit: Rousseau fut pauvre et son éloquence prit la défense des malheureux.

Suivroient les Corps constitués, précédés de la musique, ensuite tous ceux qui voudroient se joindre au cortége, et la marche seroit fermée par un détachement de la force armée.

La promenade des Bastions perdroit, dès ce jour-là, son ancien nom pour prendre celui de Lycée de la Patrie.

Arrivés au Lycée de la Patrie, tous les Corps entreroient dans l’enceinte et entoureroient le monument; les douze jeunes gens et les douze jeunes filles y déposeroient leurs couronnes, et la cérémonie seroit terminée par des hymnes et par des chants accompagnés de la musique.

Ces diverses dispositions ayant été approuvées, sauf les modifications de détail qu'y pourroient apporter les eirconstances, les citoyens Janot, Grasc et Delaplanche ont été nommés pour en diriger l'exécution. »

Certes, ce programme arcadien était digne en tous points des « baisers fraternels » et des explosions de tendresse égali-

taire dont on faisait parade en toute occasion depuis la Révolution. Cependant, le jour même, 7 juin 1794, où le Gouvernement préparait de si belles choses, il se voyait forcé de faire une proclamation sévère « contre les jeunes gens qui se permettoient d’insulter, de poursuivre et de tourmenter des êtres humains pour qui des infirmités accidentelles, la vieillesse ou le malheur, devoient inspirer de la pitié. » — « Quel spectacle déchirant pour un cœur humain (disait la proclamation) de voir un de ces êtres pour qui la nature semble ne s’être montrée qu’une marâtre, qui, soit par une conformation défectueuse, soit par la foiblesse de leur raison, sont privés de la plus grande partie des douceurs de la société, livrés aux railleries, aux mépris, aux attaques d’une jeunesse pétulante!... Quoi de plus révoltant encore que de voir la vieillesse, la pauvreté ou le malheur aux prises avec l’effervescence impitoyable d’un âge imprudent! Spectacle d'autant plus révoltant que c’est la foiblesse qui se débat contre la force, la solitude contre le grand nombre, l'impuissance d'échapper aux attaques contre l’agilité à se soustraire aux moyens de défense, et qu’une suite presque inévitable de ces persécutions est de conduire une tête foible vers le délire ou vers le désespoir! Elle est heureuse l'opinion superstitieuse de ce peuple qui regarde comme une bénédiction pour la famille l’imbécillité de l’un deses membres; elle assure au moins à ces malheureux une espèce de vénération qui contribue à leur bonheur, etc., ete. » — En d’autres termes, le Gouvernement de Genève « régénérée par l Egalité » en était réduit à regretter, pour ses ressortissants infirmes, âgés où malheureux, le sort des crétins du Valais ( Regist. du Cons. d’Adm. et Proclamation du 7 juin 1794). Quelques semaines plus tard, on pillait et on massacrait les citoyens les plus recommandables.

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