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CHAPITRE PREMIER

fondes études ; mais sa fidélité aux muses ne se relâchera ni à l'étranger ni dans son pays. J'espère que sa santé est bonne, bien que vous ne m’en parliez pas. En attendant, vous avez bien fait d’agir selon votre règle mécanique et politique « que des corps combinés sont lents à se mouvoir, » et de m'écrire de votre propre chef ; mais j'estime qu'il est engagé envers moi par votre parole ; veuillez donc lui dire que toute lettre de sa part me fera le plus grand plaisir. Vous savez que je m'intéresse vivement à son état, à sa santé, à ses éravaux, et combien j'ai pour lui d'amitié et d’estime.

J’ai eu des nouvelles de M. Mac-Laurin, par un professeur de morale de Glascow, qui a passé par ici cet été; mais je préfère beaucoup ce que vous me dites vous-même, de ce qu’il veut bien se souvenir de moi. M. Cramer possède son livre sur les fluæions, et je le lui ai emprunté. La première partie, qui est contraire aux objections de M. Berkley, n’est pas aussi solide que la seconde, qui apporte des arguments et des preuves décisives, je l'espère, à la doctrine des fluxions. J’ai le livre de Robin sur les armes à feu (Gunnery), et j'en suis très-satisfait, quand même j'aurais désiré qu’il eut mis plus d’aisance à décrire le trajet des projectiles. Je crains bien aussi que sa théorie de l’inflammation instantanée de toute la charge de poudre ne soit sujette à exception.

J'ai à Londres deux parents qui sont dans le commerce, MM. Lullin, près de l'Exvchange. Je les prierai de me procurer quelques livres, et si vous êtes à Londres et pas trop loin de la Cité, je leur dirai de profiter de vos conseils. J’y possède aussi mon proche parent Du Pan, peintre. Il chemine Linné; — Colin Mac-Laurin était un mathématicien écossais dont la science précoce avait étonné Newton lui-même, et qui eut l'honneur de partager avec D. Bernoulli et Euler le prix proposé par l'Académie des sciences de Paris pourun mémoire sur le flux et le reflux dela mer; — Berkley est sans doute le célèbre métaphysicien irlandais idéaliste Berkeley, évêque de Cloyne; — Williamson

était également un savant anglais; il avait beaucoup voyagé, comme on le voit par la première partie de la lettre de Calandrini,

maintenant assez joliment. Il à fait les portraits, réussis, je l'espère, du prince et de la princesse de (ralles. Vous pourriez avoir l’occasion de le voir, et dans ce cas je me permettrais de vous le recommander bien chaudement. Nous avons ici, précisément dans la maison que vous habitiez, un neveu de la princesse de Galles, le prince héréditaire de Saxe-Gotha. Il a dix ans et je lui enseigne la géométrie. Comme il est de très-bonne composition, j'espère que nous en viendrons à bout, à l’aide de divers appareils pour accomoder la matière à son âge, bien que nous suivions Euclide et que je sois sévère quant à la netteté des démonstrations.

Notre Cramer fait de meilleures choses. Il prépare un grand ouvrage sur les courbes en général, ou considérées relativement aux équations. J’en ai parcouru quelques parties. On y trouve bon nombre de propositions nouvelles, et les anciennes sont démontrées avec plus d’exactitude que ce n’est généralement le cas.

Vous me demandez ce que je fais moi-même ? Douze leçons par jour, ni plus ni moins. Je projette bien de grandes choses, mais je n’en puis réaliser aucune. Mon Newton est enfin achevé ; mais j'ai été tellement pressé vers la fin, que le temps et l’espace m'ont fait défaut. Votre nouvelle de la découverte d’un satellite de Vénus nous a tous mis en éveil, pour nous élancer à sa recherche. Nous avons ici un excellent télescope de Short, avec divers appareils pour augmenter sa puissance jusqu’à 220 fois, au dire de Short. Je ne conçois rien à ce que vous dites de la crainte de vos gens pour le pauvre Mercure à cause de la dernière comète. Mais comme elle a passé fort près de lui, vos astronomes feraient bien de s’assurer s’il n’a pas éprouvé quelque altération dans sa course. Quant à moi, je n’ai entendu parler de rien de semblable.

Le sujet de vos considérations politiques est assez important pour mériter mûre réflexion ; mais je voudrais que

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