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CHAPITRE IV

l’eau qu’on boit; elle n’a pas réussi, et les obstacles qu’y ajoute votre éloignement ne diminuent pas les difficultés. Il faut donc attendre un moment plus favorable, celui-ci n’offre des ressources d’aucun genre; partout on est arrêté, tout est suspendu. Je ne vous parle pas des nouvelles, il y en a qui nous pénètrent de terreur, parce que ce qu’on a fait à d’autres, on peut le faire à nous-mêmes. Je ne m’explique pas; vous savez qu'à présent on ne s’explique sur rien, mais vous devez m'’entendre. »

De Mademoiselle Jenny Le Cointe, sous le nom de « Jeannette, » à Madame G.-N., soit « Marie Gonet,» en place chez M. Muret-Fassnach, à Morges ; de Genève, dernière semaine d’août 1794.

& Si vous saviez, ma pauvre Marie, il y a eu un tant vilain complot dans ce misérable Genève; les Montagnards, oh! ce sont de bien méchantes gens que ces Montagnards; y n’ont ni foi, ni lois. Mais voilà que la mèche est toute découverte et les mauvais seront punis tout comme ils le méritent. Dame, c’est bien juste, mais ça ne fait pas revivre les braves gens qui sont morts, et c’est ça qui est bien cruel. On dit bien partout qu'ils sont morts innocents, mais ça ne console pas leurs pauvres familles. On a fait bien causer ce Compte, etilen a dit bien tant que jamais tant. Imaginez-vous, pauvre Marie, que ce malheureux jour de deuil et de carnage, quand y z’étions tous assemblés aux Bastions pour juger ces braves gens, voilà qui n'y eut rien que les Montagnards qui mirent des billets noirs, et enragés de voir ça, y vous y en otèrent une grosse poignée de blancs et en mirent tout plein de noirs, et puis y dirent que si on ne les fusilloit pas tout de suite, y z’alloient à Chantepoulet et ailleurs pour tout tuer ceux qui étoient arrêtés. On fit peur aux braves gens qui ne vouloient pas la mort, et puis

le nombre des. billets noirs augmenta encore la terreur; on crut qui z'étoient bien plus qu’on ne croyoit, et voilà qu’on n’osa pas bouger. Oh! mon Dieu, que c’est malheureux! aussi comme on est chagrin de tout ça qui s’est passé ! Les Montagnards, se croyant bien sûrs de leur fait, demandèrent qu’on arrêta tous ceux-là qu’on appelle aristocrates, et puis qu’on leur laissât par après piller tout ça qui leur appartenoït, et qu’encore par dessus le marché, on leur donnât à chacun mille écus en espèce. Dame, ça fit voir quelles gens c’étoient que ces Montagnards; voilà que les cercles s’assemblent, s’arment et puis on vous les arrête que c’est un plaisir. Quand y z’ont vu ça, oh! y sont été bien capots. Mais voilà qu’on a bien des conjurés, mais ceux-là qui ont machiné la conjuration, on ne les connoït pas encore, et c’est pourtant ceux-là qui méritent le mieux d’être punis. Mais enfin le bon Dieu ne laisse jamais. prospérer longtemps les méchants. Tôt ou tard son bras vengeur les attrape et les punit comme ils le méritent. Ce mauvais Sous La Vie, par exemple, y va bien être puni ; ah! y nous à fait bien du mal. Voilà qu’on a eu une lettre du citoyen Rébas, de Paris, qui dit qu'il est allé à la Convention Nationale et que là on lui a fait tous les mêmes honneurs qu’à l’ambassadeur des Provinces-Unies d'Amérique, qu’on a tout de même cloué notre drapeau, et que les François n’en veulent pas à notre indépendance; dame, ça fait bien plaisir aux cœurs genevois. Nous pouvons encore aimer un petit peu ce Grenève qui étoit devenu terriblement laid depuis tous ces massacres. Vous voyez, ma bonne amie, que je vous dis tant bien que je peux tout ça que je sais. — On a fait une fête vendredi, hier, à Genève ; on m'a dit que c’étoit pour se réjouir du départ de ce méchant homme. Oh! pour celui-là, quand on le saura bien, bien loin, on sera bien soulagé, car c’est bien sûr qu'il fera toujours à Genève tout le mal qu'y pourra, il

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