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CHAPITRE IV

penser sans la douleur la plus amère et la plus vive indignation. — Madame Ze Cointe veut bien se charger d’une carte sur laquelle j’ai indiqué les moyens de me faire passer ma toile ; ce M. C. est ami ou cousin de Guignard, qui m'a assuré qu’il s’empresseroit de lui rendre service, et qu’il préviendroit Gignoux, le batelier qui seul possède notre confiance. . . . »

De Mademoiselle Jenny Le Cointe, « Jeannette, » à la même, « Marie Gonet, » à Préverenges ; de Genève, premiers jours de septembre 1794, à propos des exécutions du second tribunal révolutionnaire (Benoit, Witel, Conte, Genthon, Grobéty, par contumace J. Grenus, Z. G'œringer).

€ Je n’ai rien le temps, ma chère Marie, que de vous dire un petit bonjour et puis comment les choses se passent par ici. Enfin voilà que ce tribunal révolutionnaire a encore jugé bien du monde: Grenus à mort (je ne sais pas de sûr si c’est le mauvais, mais j'y crois), ainsi qu’un Gæringuer, et puis par après V., le père, et C. à être bannis pour toujours. Ce n’est pas une grande perte pour Grenève, y ne valoient pas grand” . chose. Tous les autres Montagnards à plus ou moins de prison chez eux et des suspensions de droits politiques; je ne sais pas tant bien ce que c’est, mais votre homme vous y dira prou. Cetapendant c’est plutôt aux Englués qu'aux aristocrates qu’y z’ont fait cette condamnation. Il y a un Prevost-Dassier qu'y Zz’ont cassé pour toute sa vie, parce qu’on dit qu'il a été procureur général. Y ne fait rien bon avoir été quelque chose, car ce tout bon M. Joly qui a tant fait de bien aux pauvres pendant qu’il étoit hospitalier, voilà que pour l’en récompenser, y vous l’ont cassé pour dix ans et puis encore condamné à trois ans de prison; ça fait pitié, on voit bien qui n’ont point de conscience. Y z’ont bien encore condamné le docteur Vignier et puis Royer l’apothicaire, le fils, et puis encore Chatillon, à un an de prison chez eux. C’est bien ridicule tout ça, que

deviendra le pauvre monde? Ceux qui n’usent pas des souliers usent des draps, et ça crie vengeance ; car enfin il faut de l'exercice aux hommes, autrement y vous ont une humeur du diable, et ça vous rend tant amer le pain que l’on mange. »

De la même à la même, à Préverenges, premiers jours de septembre 1794.

& J'ai reçu votre lettre, ma bien chère Marie, et je viens m'affliger avec vous. Ce seroit terriblement fâcheux si vos deux filles étoient comme ça obligées de s’en aller par les pays; pour moi jen suis toute chagrine; si vous n’en aviez plus auprès de vous, pauvre Marie, eh que deviendriez-vous quand vous seriez malade ? Ensuite, si j’étois vous, je sais bien que je ne voudrois pas comme ça me séparer de toutes deux. Dame, quand on met ses enfants au monde, c’est pour avoir des compagnes qui nous aident et nous consolent dans notre vieillesse. . . . . , et puis on supporte tant bien les privations quand on a le cœur content et qu’on est au sein de sa famille. Ah! je n’y sais que trop; voyez-vous, un rien avec ses chers père et mère vaut mieux que beaucoup avec des gens étrangers. Vous n’avez jamais été ambitieuse, vous n’avez jamais tenu à l'argent, jy sais prou. Bien souvent vous avez aidé du vôtre le pauvre monde; allez! le bon Dieu ysaitbienet y vous en récompensera. Je sais bien que ce seroit bien dur pour vous, après avoir comme ça consolé et habillé le pauvre, de ne pouvoir plus lui dire, que Dieu vous bénisse! Mais enfin si le bon Dieu nous éprouve dans ce monde, c’est pour nous en récompenser par après. Car, voyez-vous, tout ceci ne doit pas nous porter à douter de la bonté et de la justice de Dieu. S'il nous afflige dans ce monde, c’est parce qu’il nous aime, qu’il veut que nous ne nous y attachions pas par trop. Car, voyez-vous, moi je tremble pour les méchants; et des peines

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