CHAPITRE IV
éternelles, ah ! c’est bien long et bien cruel quand on y pense! Aussi, quand j’entends comme ça quelquefois des gens qui souhaïtent leur mort, tenez, ça me fait toute trembler. Ah! comme Je languis de m’approcher de la sainte Table; je suis bien disposée à y paroître, mon cœur ne connoît ni la haïne, ni la colère, et c’est bien du fond de mon âme que je prie Dieu de les faire rentrer en eux-mêmes et qu’ils puissent se convertir. On m'a dit qu’ils ont fait une publication pour qu’on baptisât les enfants devant le juge de paix, et puis qu'y veulent supprimer la communion. Ah! mon Dieu, nous en avons bien besoin pour nous consoler et pour nous rassurer; c’est une si douce cérémonie; elle répand tant de calme dans l’âme. Pour moi je ne me consolerois pas d’y manquer, et je voudrois plutôt m’y présenter deux fois. »
De Madame Coste, née Jordan, à la même ; de Constance, 1er septembre 1794.
@ . . . . . Vous avez bien du chagrin, ma bonne amie; je le partage sincèrement et je vous prie de ne pas craindre d'ouvrir votre cœur à votre sœur. Vous pleurez des parents, des amis, nous les pleurerons ensemble; n’avez-vous pas pleuré les miens! La douleur perd de son amertume quand elle est partagée par une véritable amie.
Je sais bon gré à M. G., votre cher mari, de s'opposer à votre voyage à Genève. On n’est que trop heureux de se trouver hors du pays qu’habitent les méchants; il vaut mille fois mieux n'avoir rien et travailler pour vivre que de s’exposer à leur rage. Vous dites que la vie est à présent trop pénible et que vous ne craignez pas la mort; ah! tant pis, ma bonne amie. Je crois que nous devons tous la craindre jusqu’à un certain point, qui n'ôte pas la confiance en Dieu. Mais, eussions-nous toutes les raisons possibles de ne pas craindre la
mort, nous ne devons jamais nous y exposer sans une vraie nécessité, c’est-à-dire que lorsqu'il s’agit de sauver la vie à quelqu'un (celle du corps ou celle de l’âme). Or, vous ne désirez aller à Genève que pour r’avoir une partie de votre fortune; je suis persuadée que vous ne réussirez pas, et dussiez-vous réussir, la fortune ne vaut pas la peine d’exposer SA) NID EN NE a 4
De Jean-Glaspard Prevost à James-Augustin Galiffe, à Préverenges ; de Genève, 9 septembre 1794.
€. . . . . ya longtemps, mon cher ami, que je voulois vous écrire, mais les événements m’en ont empêché, surtout l’emprisonnement de M. Viollier, qui m’a fait la plus grande peine. J’espère cependant qu’il en sera quitte pour quinze jours de prison à l’Evêché, puis trois mois chez lui et la cassation pour deux ans de tous ses droits honorifiques. Je suis allé dimanche à Vandœuvres, j'eus beaucoup de peine à me procurer une carte pour sortir de la ville; au comité militaire où je fus, on se fâcha de ce que je n'étois d’aucun club. Ils me firent beaucoup de questions, et finirent par me dire qu’on avoit fait une sottise en m’accordant des cartes de sortie précédemment, que cela ne devoit pas se faire deux fois. Cependant, comme je me retirois, ils me firent la faveur de m'en accorder une; notez bien qu’elles ne servent que pour une fois. Je crois cependant qu’on va avoir un peu plus de:Hberté. "227 415
De l’ancien syndic I.-L. Naville à son beau-frère l’ancien conseiller Galiffe, à Préverenges ; d’Yverdon, le 18 septembre
€ Je prends un parti bien rude à suivre, mon cher frère,
. ruiné, banni de ma patrie, réduit à recommen-