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CHAPITRE IV

De Madame Audéoud-Vignier, veuve de l’ancien auditeur Michel Audéoud, fusillé par jugement du premier tribunal révolutionnaire, « à la citoyenne Galiffe-Naville, » à Genève, quilui avait offert, ainsi qu’à ses enfants Cramer, un asile à Préverenges ; de Nyon, 26 septembre 1794.

€ Il m'est impossible, Madame, de vous dire assez combien je suis sensible à l’intérêt amical que vous voulez bien me témoigner. Croyez que j’en sens tout le prix, et qu’être obligée de renoncer à la douceur que je me promettois en vivant avec vous, ajouteroit infiniment à mes peines; mais j'aime à vous dire que je n’ai point encore perdu tout espoir et que j'attends quelque changement dans la détermination de M. le baïllif, d’une lettre que je lui ai écrite hier, que j’ai envoyée par un exprès, et dont j'attends encore la réponse. . . . . de crois lui avoir exprimé, comme je le sens, et l’amertume de mes chagrins et le soulagement que je retirerois de votre amitié sensible et douce. Peut-être qu’un mot de votre main seroit d’un grand poids auprès de lui ; jaime ce que vous me dites de sa bonté, elle lui fera comprendre mes malheurs et il ne persistera pas dans un refus qui y met le comble.

Je vous assure que j'aurai un grand soulagement à vous sentir vous-même hors des embarras où vous êtes. Je vous prie de ne point oublier votre promesse de me voir à votre passage; je suis logée à la seconde maïson en entrant à Nyon; j'aurai un grand plaisir à vous témoigner toute ma reconnoissance et à vous réitérer mes regrets si je suis obligée de renoncer à l’espoir dont je m’étois flattée.

Je suis obligée de fermer ma lettre sans avoir eu la réponse de M. le baillif; ce ne sera pas sans vous assurer du véritable attachement de votre très-dévouée

E. AUDÉOUD, née VIGNIER. »

De Mademoiselle Jeanne-Louise-Andrienne Galiffe (ensuite baronne de Rochette de Salagine), à la même, à Genève; de Préverenges, 21 septembre 1794.

« Mon père me charge de vous dire que M. le baïllif, à qui il s’est adressé pour la permission, ne lui a pas fait une réponse satisfaisante. Il lui marque qu'il croit que dans peu il paroîtra (de Berne) une ordonnance générale relative aux émigrés genevois, dont ce bailliage est actuellement trèschargé, et qu’il seroit imprudent jusque-là de prendre aucun parti. Vainement mon père lui a représenté que les personnes pour lesquelles il demandoiït une permission de séjour étoient proscrites à Grenève et domiciliées depuis plusieurs semaines en Suisse; qu'il sembloit donc assez indifférent qu’elles habitassent à Préverenges ou à Nyon, et que s’il paroissoit quelque ordonnance de LL. EE. qui les privât d’un asile dans ce bailliage, il prenoit l'engagement qu'elles sortiroient de chez lui dans le terme qu’il lui plairoit d’indiquer, etc. »

La permission demandée fut finalement limitée à deux personnes, et pour le moment ne put profiter qu’à M. et Madame Martin, de Genève. Le baiïlli de Morges, M. Thormann de Watteville, lié d'amitié avec les propriétaires de Préverenges et leurs hôtes, regrettait plus que personne ces rigueurs, qui lui étaient dictées de Berne. Nous voyons par divers permis de séjour accordés à des proscrits genevois (entre autres à l’ancien premier syndic Claparède, établi à Féchy, au bailliage d’Aubonne, 1795), que ces permis n'étaient valables que pour trois mois, au terme desquels il fallait se pourvoir à nouveau € sous peine d’être renvoyé du pays.»

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