CHAPITRE IV
De Mademoiselle Cath. Rilliet à la même, à Préverenges ; d’Yverdon, fin septembre 1794.
@ . . . . Nous sommes logés dans une petite maison à l’une des extrémités de la ville, tout près de plusieurs promenades. Les rues sont ici larges et plates, et cependant trèsvite sèches après la pluie. . ‘. . . Tous les Iverdunois sont très-polis et prévenants. On nous à fait des visites et donné quelques soirées; mon père s’en accommode fort bien. Nos préférences (réciproques) sont tombées sur la famille Doxat. La mère est infirme et muette depuis treize ans, et malgré cela voit compagnie et l’aime, pourvu qu'elle ne soit pas trop nombreuse. Elle à plusieurs filles mariées et deux qui ne le sont pas et qui vivent avec elle. Deux de ses fils étoient mariés à Turin avec des demoiselles Achard, mais qui sont mortes toutes deux, l’une depuis un mois seulement. Le premier veuf est ici avec deux neveux; la sœur cadette et le frère nous ont été fort utiles ; tenant à Genève par des relations de parenté et d'amitié, ils partagent nos anxiétés et nos peines; nous voyons aussi quelquefois la maison du baïllif.
Nous avons souvent des lettres de Céligny; les Marseillois n’y sont pas revenus, mais en revanche F...., son domestique et des paysans du village viennent dans la maison prendre ce qui leur convient ; comme il est bourgeois de Vevey et communier de Crassier, et son domestique Suisse aussi, le mandat de LL. EE. ne leur fait rien.
Par hasard on nous a envoyé la Feuille d'avis, par laquelle j'ai appris qu’on avoit nommé un tuteur à M. Bordier. Votre mari en a un aussi, qui est D... marchand toilier. C’est à lui que votre frère disoit il y a deux ou trois ans: € M. D...., vous « êtes un honnête homme, mais vous avez des principes qui «amèneront la ruine de votre patrie et vous en mourrez de
« chagrin. » Le premier point de la prophétie est accompli; quant au second, je pense qu’il est plus d’un de nos concitoyens qui mourra de honte. . . . .»
Sans aucune allusion au citoyen dont il est ici question, on peut constater qu’une fin des plus tristes était réservée à la plupart de ceux qui avaient mürqué dans les excès révolutionnaires proprement dits. Plusieurs s’exilèrent volontairement, d’autres disparurent sans laisser de traces. Les remords poussèrent d’autres à la folie ou au suicide; il y en eut aussi qu’un repentir sincère conduisit à la dévotion, ainsi qu’à l’aveu public de leurs fautes et des regrets tardifs qu’elles leur inspiraient. Quant aux essais de justification, personne ne les prit au sérieux. — J. Grenus devint libelliste en théologie.
De Madame Naville- Rilliet à la même, à Préverenges ; d’Yverdon, 31 octobre 1794.
& . . . . . Nous recevons peu ou point de lettres de Genève, ceux qui y demeurent n’osant pas écrire. Quant aux nouvelles de France, on n’en reçoit à Yverdun que deux fois par semaine; le courrier n’arrive que vers les cinq heures, quelquefois plus tard, et nous ne voyons les papiers que le surlendemain, nous étant mis les derniers d’une société où nous sommes huit. . . . . 4J’ai eu bien des angoisses tout le temps que je t'ai su parmi ces brigands. Dieu soit loué, tu en es dehors, et j'espère que ton voyage a été utile à tes intérêts. Je ne me sens pas le même courage que toi. Mon procureur m'invite, de la part de Dupin, à aller à Genève; mais je suis très-déterminée à n’en rien faire, et à laisser faire (rirod, en qui nous avons confiance. . . .
Nous avons quelquefois des lettres de notre malheureuse cousine Vaville (-Gallatin); elle se dévoue à l'éducation de