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CHAPITRE IV

ses enfants (auxquels elle a joint Vaville-Colladon), avec le courage et la fermeté d’une âme vraiment chrétienne; mais elle se reproche de n’avoir point cru son mari réellement en danger, et en conséquence de n’avoir fait aucune démarche pour le sauver. Quelle existence, que de gens malheureux, et quand verrons-nous un changement! . , . . »

De l’ancien syndic Zsaac-Louis Naville à la même, à Préverenges; d’'Yverdon, 27 novembre 1794.

@ . . . . . On vient de révoquer (à Genève) une partie des jugements révolutionnaires. Si le mien l’étoit aussi, je serois mieux porté, ainsi que ma femme, pour traiter avec les brigands afin de rentrer en possession de mes immeubles. On m'a déjà fait sonder de deux côtés pour m’amener à présenter une pétition, m’assurant qu’on ne demandoïit pas mieux que de me traiter favorablement. C’est ce que je me garderai bien de faire, car ce seroit reconnoître positivement la légalité du jugement et du tribunal qui m’ont proscrit. Mais si je pouvois cependant soustraire ce qui me reste à une plus grande dilapidation et me conserver un moyen d’acquitter successivement toutes mes dettes, je croirois manquer à ce que je me dois à moi-même, de n’en pas saisir tous les moyens, pourvu qu’ils ne me compromettent et ne me déshonorent pas. Quelqu'un m’écrit qu’on cherche à traiter avec tous les condamnés, et qu’on oppose à ceux qui sollicitent l’anéantissement de tous les jugements, la nécessité d'obtenir des proscrits des taxes considérables avant cette révocation. En ce cas il pourra être utile qu’on comprenne bien que ce qu’on m'a pris outrepasse ce qu'on pourroit raisonnablement exiger de nous. . . : . Voilà, ma bonne amie, ce que je te prie de faire valoir pour suivre à ce que ton amitié t'a fait entamer,

N'as-tu point de nouvelles de ton fils aîné? Je suis bien impatient de savoir ce qu’il est devenu dans tout ce bouleversement de la Hollande. . . . .

Il paroît très-sûr que Robespierre, se voyant perdu, voulut essayer un coup de désespoir. Il ordonna qu’on allât au Temple prendre le jeune prince et le proclamer roi ; mais il étoit trop tard; la personne qu’il chargea de cet ordre ne put l’exécuter, Robespierre n’étoit plus obéi. C’est cette personne elle-même qui l’a dit à un de mes amis, de qui je le tiens. »

Extrait du «grand livre » de l’ancien premier syndic Claude- Philippe Claparede-Calandrini (du 20 mai 1795), sur les événements révolutionnaires de 1794.

€ La révolution arrivée à Genève en 1792 avoit déjà donné une altération à ma fortune, et celle de juillet 1794 ayant été suivie d’une descente chez moi, en ville et en campagne, de gens se disant révolutionnaires, qui ont enfoncé toutes les portes fermées de mon appartement en ville, mon bureau et toutes mes armoires et garderobes, le bureau de mon fils cadet, celui de ma femme, et enlevé toute ma vaisselle d’argent, l’argent monnoyé tant dans mon bureau que dans ceux de ma femme et de mon fils, et pris tous mes titres et papiers qui y étoient renfermés, et bouleversé tout le reste ; j’ai eu la douleur de perdre mes livres actuels de caisse, journal et copie de lettres, grand-livre, etc., sans espérance de jamais les retrouver. :

Je pouvois me flatter que ma famille recevroit de moi de quoi la laisser subsister avec honnêteté, de ce qu’il avoit plu à Dieu de me donner. Un moment a renversé de si douces espérances, Heureux, si je n’avois eu à déplorer que la perte de ma fortune ! mais mes collègues assassinés, ainsi que d’au-

tres de mes concitoyens; les excès, les vols, le pillage, l’exil, l’incarcération de tant d’honnêtes gens; la séparation forcée où je suis d’avec mes enfants, mes parents, mes amis, la ruine d’une patrie chérie, voilà ce qui empoisonnera le reste de mes Jours!

Voulant éviter autant qu’il sera en moi des peines et des embarras à ma famille, je vais me remettre à suivre au travail d'établir de nouveaux livres, qui contiendront l’état de mes affaires et de ce qui m'est resté dès le mois de juillet 1794, priant Dieu du plus profond de mon cœur de répandre ses bénédictions sur ma famille, sur ceux de mes concitoyens qui souffrent des suites de ces affreuses révolutions, et sur ma

pauvre et désolée patrie! »

Nous avons vu que l’ancien premier syndic Claparède - (blessé à la prise d'armes de 1753) osa, malgré sa condamnation à mort, se présenter personnellement, en pleine Terreur, devant le tribunal révolutionnaire. Cet acte de courage, qui devait le rayer de la liste des émigrés, ne lui profita guère, car on lui fit observer qu’en tout cas il méritait d’y figurer. D'ailleurs, pour bon nombre de contumaces, le règlement de compte définitif tomba sur une époque de calme relatif, où ils purent traiter avec les autorités au lieu de subir leurs conditions. Quoi qu’il en soit, il fut taxé au 60 °,, sa femme au 25 °/, du peu qu’il leur restait, et dut s’estimier heureux de payer environ 105,000 fr. Ce fut son fils aîné, J.-ZL.-René C., (naguère auditeur, plus tard juge à la Cour suprême) qui se chargea de traiter avec le commissaire Bernier; celui-ci, en terminant les négociations, lui dit : € Vous voyez qu'il reste encore passablement de bien au citoyen votre père; pour moi je n’en ai pas autant, puisque je ne possède rien. » Lui-même consolait son père plus dignement en ces termes : €. . . .. C’est une force majeure, et vous n’aurez aucun reproche à

vous faire, ce sera le terme de vos tribulations et de celles de ma mère. Il est dur, sans doute, d’être dépouillé de cette manière, mais le cœur de vos enfants ne vous manquera jamais. Nous nous réunirons tous ensemble, et plus nous aurons souffert les uns pour les autres, plus nous trouverons de consolation et de bonheur. Cette vie-ci est semée d’amertume et de revers; mais une conscience nette et un cœur vertueux font goûter des douceurs, dans quelque position qu’on se trouve. »

De Mademoiselle À. de Glallatin à Madame Galiffe-Naville, à Préverenges ; de Bel-Air, novembre 1794.

€ . : . .‘. Je ne sais si vous ‘avez appris que, d’après le désir de ses écoliers, M. Weber est réintégré professeur, que M. Roustan est rétabli dans sa place, et qu’il y a à Chêne des mouvements en faveur de M. J'uventin. . . . »

Des professeurs, pasteurs, régents, etc., enveloppés dans les persécutions révolutionnaires, plusieurs avaient été cassés, emprisonnés et condamnés à diverses peines. Quelques mois après, leurs anciens élèves ou paroissiens réclamaient hautement pour qu’ils fussent réintégrés dans leurs fonctions. C’est ce qui venait d'arriver, femmes en tête, pour les deux pasteurs susnommés, et d’une facon plus éclatante encore pour Jacques-François-Abraham Weber, professeur distingué et très-aimé, de belles-lettres, à l’Académie. Ces premières manifestations avaient ensuite été généralisées; mais il faut bien avouer que dans plusieurs cas, elles profitèrent moins aux anciens fonctionnaires destitués qu'à ceux qui avaient été appelés à les remplacer. C’est ainsi que l’ancien pasteur Bourdillon, de Dardagny-Russin-Peney, se trouva, à son retour, éclipsé, au moins à Dardagny, par le pasteur Moulinié qui lui avait été substitué, et que les paroïssiens et le

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