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CHAPITRE IV

vous feront plaisir, vu l’amitié que vous m'avez toujours témoignée. Je crois, ma foi, que vous êtes un peu sorcier, car vous avez deviné juste. M. de Diesbach (votre cousin) et mon père ont reçu des bailliages tous les deux, et les deux meilleurs qui restaient. . . . . M. de D. est baïlli de Frienisberg, à trois lieues de Berne, un assez joli endroit, dont le revenu est de 25,000 livres, de même que celui de mon père, situé dans un endroit extrêmement sauvage, perché sur une montagne, mais avec un assez bon logement et à deux lieues de Berne seulement (Thorberg). Nous sommes tous contents comme des rois. Mon père avoit le n° 25 et ils étoient vingt-sept à tirer ; des deux ballottes qui restoient dans le sac, il prit la bonne. M. de Watteville de Louin est baïlli à Yverdon. Quoique ce bailliage soit le plus joli de tous, je préfère de beaucoup Thorberg, tant parce que cela me rapproche de mes parents, car je resterai à Berne pour mes occupations, que pour le revenu, qui est fort petit à Yverdon.

Les autres bailliages sont: Grandson, M. Yenner; Lenzbourg, M. de Watteville; Wangen, le chancelier Wittenbach; Oberhofen, M. May de Signau; Interlaken, M. de Bonstetten- Van Duis; Bipp, Zehender, major, etc.»

Du même au même, 26 avril 1795. —& . . . J’espère que ma lettre vous trouvera encore à Préverenges, que vous quitterez avec d’autant plus de regrets que c’est pour aller prendre une vocation qui n’est point de votre goût. Cette résolution, et principalement la cause qui vous y contraint, m'a fait bien de la peine et vous pouvez être assuré que je prends autant d'intérêt à votre malheur que vous en prenez à notre bonheur. Cependant, je ne doute pas que vous vous y accoutumerez et que l’aversion que vous avez pour le commerce se perdra peu à peu par l'habitude. Toujours avez-vous très-bien fait de prendre une vocation. . . . .

Les bailliages, dont les revenus variaient de vingt à quarante mille livres et au delà par an, constituaient l’un des plus grands avantages du patriciat bernois. Les fonctions des baïllis duraient six ans, et il était pourvu à leur remplacement par un tirage au sort, qui avait lieu le premier jeudi après Pâques entre les ayants droit non pourvus. Il est vrai que les chances pouvaient être longtemps défavorables; ainsi M. de Freudenreich avoue dans une autre lettre que son père avait déjà tiré plus de trente fois en vain à cette singulière loterie.

De Mademoiselle Elisabeth Le Maire-Rigot à Madame G.-N., à Préverenges ; de Lancy, 9 avril 1795.

& . . . . . Je doute que M. MWaville soit bien pressé de revenir ; on s’attendoit que MM. Micheli, Labat et Jolivet seroient les premiers; mais les cœurs ulcérés, avec cette invitation si peu satisfaisante, n’encouragent pas à reparoître. . . . . À Paris, tout est cher, le pain rare et manquant parfois. D’ailleurs on s’amuse; les spectacles regorgent de monde, les Jacobins mis pour lors absolument de côté; Louis XVII imbécile, enfermé dans une chambre et recevant sa nourriture par une chatière.! Quant à sa sœur,

1 On sait qu’au sortir du ménage Simon, qui pendant six mois en avait fait son valet et chien couchant, le royal enfant, celui que l'Europe entière reconnaissait pour roi de France depuis le supplice de Louis XVI, avait dû croupir pendant sept mois dans un bouge grillé, sans air, sans lumière, sans feu, sans linge ; où, couvert de plaies et de vermine, il n’eut bientôt plus la force de disputer aux rats, souris, araignées et autres bêtes immondes, la chétive et grossière nourriture qui lui était jetée par un guichet également grillé, et où il ne voyait et n’entendait d’autres êtres humains que les bourreaux qui venaient, et souvent de nuit, se repaître de l’agonie de leur victime. Mais il fallait qu’on fût bien mal informé à Genève du sort des Enfants de France pour ignorer que depuis huit mois environ le pauvre enfant, devenu presque idiot et réduit à l’état de squelette rachitique, avait été sorti de cette cage infecte, assez tôt pour reconnaître ce retour de pitié à son égard, trop tard pour en profiter ; car il mourut peu après, le 5 juin 1795. Quant à sa sœur, Marie-Thérèse-Ch.,

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