CHAPITRE IV
on n’en parle plus; on ne sait pas si elle existe ou si elle est morte. . . . . Ilest bien cruel pour nous que tout ce qui se passe en France ait autant d'influence pour tout ce qui nous regarde. »
De la même à la même, 13 juin 1795.—«& . . . . Il n’est bruit dans le canton où nous sommes que de l’annonce de la paix, qui n’est pas très-réjouissante pour notre triste ville si, comme on le dit, la Savoie doit rester aux François. . . . . Pour mettre dans ma lettre quelque chose qui puisse vous intéresser, je vous apprendrai le mariage de Mademoiselle Pictet-Turrettini, nièce de Madame Zullin, avec Vernet. Voyez comme cela est bien: la demoiselle n’a rien, et lui est le meilleur parti que nous ayons. On se réjouit à l’idée que, dans ces temps malheureux, il se fait encore des mariages dans cet ordre. . . . . »
De l’ancien syndic I.-L. Naville à la même, à Préverenges ; d’Yverdon, 25 juillet 1795.
& J’étois hier à 10 heures dans mon cabinet, et déjà déshabillé, lorsque j’ai vu entrer ton fils Charles ; je me r’habillai pour laccompagner à l'auberge, où je fis une visite à M. Johannod pour le remercier de ses bontés, comme tu l’avois désiré.
Dieu veuille bénir ce bon petit Charles! J’augure bien de son caractère, Maïs encore n’est-ce pas tout que de bien faire son devoir, il faut aussi avoir du bonheur, et c’est ce que je lui souhaite de tout mon cœur. J’aimerois bien qu’il servit un
autre maître, car je n'aime pas les Majestés illuminées qui
trouvée, par les mêmes nouveaux gardiens, sans bas ni chaussure, on sait qu’elle fut l’année suivante échangée, à Bâle, contre des prisonniers français de JAutriche,
soupent avec la Vierge Marie et qui embrassent des régicides,! mais, par contre, on dit beaucoup de bien du prince héréditaire, et si ton fils réussit, ce sera avec celui-là qu’il aura affaire. FyÈRE
La belle dame démocrate de Lisette, que tu ne nommes pas, n’a point encore paru; car je ne pense pas que ce soit la vicomtesse de Mirabeau, avec laquelle je viens de faire un boston.
As-tu su que le fils aîné de notre cousin Pictet a été blessé (au genou) à l’attaque de Pian de’ Termini ? On espère qu’il ne sera pas estropié. On l’a transporté à Coni pour qu'il füt soigné par un habile chirurgien. On fait généralement le plus grand éloge de sa conduite. — Notre cousin Fabri va joindre, en qualité de premier aide de camp, le général La Tour qui, étant guéri, va reprendre le commandement de son armée.»
De M. Pierre de Thellusson, devenu alors l’un des plus riches particuliers de l’Europe, et dont l’étrange testament devait bientôt étonner le public autant que sa famille; à sa nièce, Madame G..-N., à Préverenges; de Londres, 11 août 1795.
€ J’ai reçu, ma chère nièce, la lettre que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire le 10 juillet, le jour même que votre fils nous à quittés pour aller à Osnabrugh, voie de Hambourg, joindre l’armée qui s’y forme pour soutenir le prince d'Orange, qui l’a assuré de sa protection et lui a promis de l’avancement. Il se flatte donc qu'il réussira, car il est fort dur pour lui, après avoir eu une compagnie dans un régiment suisse, d’être obligé de servir en rang subalterne. M. d’ Yvernots s’y est fort intéressé et s’est donné beaucoup de peine pour lui procurer de l’emploi en Prusse ou ici, mais inutilement. La paix entre
1 Allusion aux tendances mystiques et à la conduite bizarre du roi de Prusse, Frédéric-Guillaume II, mort en 1797.