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CHAPITRE IV

la France et le roi de Prusse a fermé le premier canal, et il est extraordinairement difficile de placer des étrangers ici. Si l'opération projetée pour le rétablissement du stathouder réussit, il fera mieux qu’en Prusse et en Angleterre, car il aime son métier et s’est toujours très-bien conduit. Je ne crois pas que la France reprenne de longtemps des Suisses à son service.

La maison de MM. Boué, où vous avez envoyé votre second fils, jouit d’une très-bonne réputation; de père en fils l'honneur et la probité décorent cette famille. C’est, selon moi, le point principal que d’inculquer de bons sentiments à la jeunesse; avec de l’application et du travail, il pourra se pousser. Le commerce est un grand champ; s’il est bien cultivé, il rend tôt ou tard de belles et bonnes moissons.

Je vois que Charles (le cadet, son filleul) a choisi le métier des armes. La politique l’a rendu bien honorable; mais (anciennement) c’étoit celui des paresseux; (d’ailleurs) l’on doit être des premières familles du pays qu’on sert pour y faire fortune, et les dépenses augmentent avec l’avancement. Les enfants des officiers sont en général de fort pauvres gens. La jeunesse est enchantée de l’air freluquet de la plupart des officiers, des plumets, des habits rouges, etc.; ils voudroïent tous être capitaines. J’avois à douze ans la manie des autres. Mon vertueux père me fit connoître la futilité de l’état que je voulois embrasser; j’eus le bonheur de sentir la solidité de ses raisons et de me laisser guider par son expérience; j'ai cent mille fois béni sa mémoire et remercié Dieu de m'avoir inspiré. Je souhaite que Charles réussisse et qu’il fasse son métier aussi bien que son frère aîné, qui s’est conduit de façon à se faire estimer de ses supérieurs. Le prince Frédéric, qui l’a connu à l’armée, en dit beaucoup de bien.

Les affaires de Genève sont bien affligeantes, et il paroît que malgré la modération adoptée en France, l’on continue

dans notre République le même despotisme et brigandage qu'on y a pratiqué depuis un an. La paix seule portera du remède à tous ces maux, et l’on se flatte qu’elle n’est pas bien éloignée; alors petit à petit les choses se remettront sur l’ancien pied.

Ma femme et toute ma famille vous assurent de leur amitié sincère; comptez toujours, ma très-chère nièce, sur la tendresse de votre très-affectionné oncle

PIERRE THELLUSSON. »

De Mademoiselle Anne de G'allatin à la même, à Préverenges; de Bel-Air (route de Chêne), fin août 1795.

& . . . . . Je puis te donner ouvertement de nos nouvelles, le vol et les circonstances n'étant point un secret. I paroît à leur langage que ce sont des François et gens qui entendent leur métier. La famille Weber, comme tu le penses, a été bien éprouvée. Madame est encore très-agitée et loin d’être bien. Les enfants pleuroient quand on les menoit à la cave ; la petite dit : € Maman, qu'est-ce qu’on veut nous faire ? Si on nous fait mourir, nous irons ensemble vers Dieu, car nous n’avons point fait de mal.» — On leur a volé environ soixante louis et beaucoup de hardes. Je fus très-effrayée en l’apprenant le lendemain, car cela s’est fait sans le moindre bruit. Et puis on se rassure un peu, on prend des précautions; nous avons mis une cloche, qu’on peut sonner des divers endroits; on fait des patrouilles; nous avons un bon chien. Le voisinage se promet réciproquement du secours; et puis à la garde de Dieu! Confions-nous en Lui après avoir pris les précautions que la prudence exige. ! . . . . »

1 La famille Weber-de Candolle jouait de malheur dans sa campagne de Jargonant; car déjà en mars 1793, elle y avait eu une aventure semblable, dont il est question dans les Registres du Conseil. Elle avait ensuite dû payer

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