CHAPITRE IV
éloigné de la perfection, il vient de quitter le théâtre. Je vais quelquefois aux concerts donnés par les fameux Garat, Rode, Fraenzl, ete. — Le Gouvernement françois vient de faire mettre l’embargo sur tous les vaisseaux hambourgeois, avec ordre de leur courir sus, parce que cette ville n’a pas voulu reconnoître la République. . . . . »
Une mention honorable est due, en passant, à la Société pour l'avancement des Arts, qui vient de célébrer son premier centenaire. Fondée en 1776, par linitiative de lhorloger Fuizan et de l’illustre /7.-B. de Saussure, sur le terrain neutre de la science et des arts appliqués à l’industrie et à l’agriculture, cette Société, installée ensuite à l’ancien hôtel de la résidence, était la seule qui réunissait alors des citoyens de toutes les opinions. Le Gouvernement révolutionnaire lui-même l’encourageait de ses éloges, de ses allocations, et se plaisait à Ja consulter officieusement sur les choses les plus variées, depuis le curage des fossés de la ville jusqu'aux questions les plus délicates de l’industrie et des beaux-arts proprement dits. L'école de dessin du Calabri était sous sa direction. Une place de maître étant venue à vaquer, vers la fin de 1793, dans cet utile établissement, on y pourvut par un concours dont le sujet imposé fut un dessin d’après la statue de Laocoon, soumis à l'appréciation des peintres Saint-Ours, de la Rive et Vaucher. Jean-Abrahamn Lissignol Vemporta sur ses concurrents, parmi lesquels figurait cependant Adam Tôpjfer. En 1796, le Gouvernement voulant honorer d’une façon particulière le mérite du peintre Saint-Ours, lui décerna le titre de professeur honoraire, puis, dans une séance spéciale du Conseil, réuni au corps académique, tous les assistants étant décorés de leurs insignes, le syndic président, & après un discours analogue à la cérémonie, » remit à Saint-Ours une médaille en argent sur laquelle étaient gravés ces mots: La République
de Genève honore les talents du citoyen Saint-Ours.1 — Le sculpteur Jaquet, auteur d’un buste de Jean-Jacques Rousseau et d’autres œuvres méritoires, surtout du genre décoratif, jouissait également de la faveur du Gouvernement, qui le consultait volontiers pour l'ordonnance des fêtes publiques, où la musique (mais alors, comme aujourd’hui, sans lien avec la Société des Arts) jouait un rôle très-important. Il y avait en outre des concerts en règle, qui se donnaient, le plus souvent dans un but de bienfaisance, dans une salle de l’hôtel de ville. Evidemment, l'élément scientifique était particulièrement bien représenté dans une société qui, au nombre de ses membres ordinaires, comptait les de Saussure, les Pictet, les Jurine, Odier, Gosse, Tingry, ete. Le 12 juin 1797, ce dernier dénonça aux rigueurs du Gouvernement (un arbuste très-vénéneux, aux branches terminées par trois feuilles d’un vert clair, en forme de lances, de la réunion des pétioles desquelles sort une petite grappe de fleurs en filet d’un blanc verdâtre, le Rhus Toxicodendron, de la famille des Vernis (Térébenthacées), qu'on multipliait depuis quelque temps, surtout à Cologny, dans les bosquets d'agrément, et dont les funestes effets se trouvaient en quelque sorte voilés par la fausse désignation de vigne de Judée, donnée vulgairement à cette plante et qui la faisait confondre avec l'arbre de Judée; plusieurs particuliers avaient même extirpé cet arbre inoffensif, en lui attribuant à tort des accidents tardifs, mais très-craves, qui suivaient le contact des parties déchirées de la plante vénéneuse avec les parties découvertes de notre corps. Le simple attouchement de la main au visage, après avoir touché cet arbuste, était accompagné de légères inflammations, et si le suc provenant
1 Parmi les œuvres les moins connues aujourd’hui de cet élève genevois de Vien, il faut citer quelques-unes de ces peintures allégoriques, goûtées alors à l’égal des tableaux de saints dans l'Eglise romaine, notamment son grand
tableau de La République, qui disparut du temple de Saint-Pierre peu de jours avant la triste cérémonie de la réunion de Genève à la France, en 1798.