CHAPITRE IV
… De J.-4. Galiffe à son père, à RIÉPOIEREST; de Hambourg, septembre 1796.
@ . . . . . Les de Grovestins sont la famille qui a ici le plus de bontés pour moi. L’aîné, qui a eu l’emploi important de fiscal de Frise, extrêmement instruit, spirituel, aimable et bon, est sans fortune, étant émigré; quant à sa femme, qui étoit comtesse de Limbourg-Stirum, et qué notre cousin de Budé devoit épouser, impossible de joindre autant de douceur à de l’esprit. Le second, fort bel homme de trente ans, moins spirituel mais beaucoup plus gai que son frère, a épousé une très-belle Amsterdamoise, dont la sœur est femme d’un de nos cousins Séraalman. . . . . Je viens de faire la connoissance du prince de Croy, qui me paroît un très-aimable homme. Le prince royal de Danemark a été à Altona avec sa femme en allant aux bains de Pyrmont. Le duc d’Aiguillon et MM. Zameth sont ici, et l’on se révolte de les voir bien reçus quelque part.1 — As-tu connu à Genève un M. Tournier, adjudant de M. de Jaucourt en 1782? Il a vu mon frère avant son départ pour les Iles. Ce dernier a reçu toutes sortes de politesses de lord Sydney, qui se souvient de toi avec beaucoup de plaisir. C’est une connoissance à cultiver; nous en avons presque partout de semblables, que je me garderai bien de négliger. Je commence à me lier avec un M. Persoons, neveu d’un ami de notre oncle Ze Boullenger, et qui me témoigne beaucoup d'amitié. . . . . J’aivu hier le jeune
Vieusseux, qui m'a remplacé comme pensionnaire chez
1 Tels étaient généralement alors les préjugés aristocratiques contre les libéraux nobles de la Révolution. Le duc Armand d'Aiguillon, qui avait naguère succédé au commandement de Custines, mourut x Hambourg, comme émigré, en 1800. — M. Le Boullenger, également émigré x Hambourg, était beau-frère de messire Isaac de Thellusson. — Le jeunc Vieusseux était, sauf erreur, le même qui acquit plus tard une réputation méritée par son grand cabinet de lecture de Florence et sa participation éclairée au mouvement libéral de l'Italie; nous le retrouverons au volume suivant.
M. Boué et qui travaille chez les Chapeaurouge, et aujourd’hui
Viollier, qui est ici avec le jeune Fingerlin. . + + >
Du pasteur Pierre Mouchon, prédicateur distingué, auteur de la Table de l Encyclopédie, à Madame Galiffe-Naville, à Préverenges ; de Grenève, le mardi 15 novembre 1796.
@ . . . . . Salomon se trompoit en disant, dans l’Eeclésiaste, qu’il n’y a plus rien de nouveau sous le soleil. L'événement d’hier, unique dans notre République, en fait la preuve. Tous nos juges de paix, excepté un seul, allèrent samedi avec les syndices Solomiac et De Lor, et l’administrateur Soret, souper aux Balances. Les gens de la Grille, avertis de ce gala, présumant bien qu’il se prolongeroïit bien au delà de dix heures, et que les syndics seroient en contravention avec leur ordonnance qui ordonne que tout cabaret soit fermé dès cette heure-là, se rendirent autour de l'auberge et ne se trompèrent pas. Ils vont aussitôt chercher le syndic Flournois pour constater le délit sous ses yeux, et voici quelles en ont été les suites: Tous les coupables furent cités hier devant le tribunal des juges de paix; mais comme un seul d’entre eux n'avoit point participé au délit, il fallut former un tribunal ad actum, composé du juge Guérin qui n’avoit pas été du souper et que l’on soupçonne avoir joué ce tour à ses collègues, par l’entremise des Grillards, et ensuite de Gase, Constantin- Blanc, Rivard et Sequesser. À deux heures de laprèsmidi, une foule prodigieuse environna la salle de l’ancienne audience de Justice. Nos juges postiches, pour donner plus de solennité à la fête, firent ouvrir le temple de Saint-Germain, qui fut bientôt rempli et plus que rempli de cette classe énorme de gens qui ne vont à l’église qu’en pareille occasion. Les coupables paroissent, on les entend, on délibère; et l’on pro-
nonce ensuite que le citoyen De Lor, syndic de la force armée,