CHAPITRE IV
Heureusement que le Directoire a eu le temps de donner des ordres contraires. »
De Mademoiselle Cath. Rilliet à la même, à Préverenges ; de Céligny, juillet 1797.
« Regardez bien la date de cette lettre, chère cousine; oui, nous sommes à ce cher Céligny, moi depuis le 13, votre frère depuis huit jours et mon père et ma sœur depuis jeudi soir. Nous étions partis, votre frère et moi, le 1% juillet pour le château de Nyon où nous comptions faire quelque séjour, puis de là diverses courses. Vous comprenez que la première fut à Célgny. Nos amis nous pressèrent de venir l’habiter; quelques paysans, même des mauvais, nous y invitèrent aussi. Nous nous consultâmes par lettres avec nos parents d’Y verdon; le résultat fut que nous pouvions venir camper ici pour deux ou trois mois, en ne meublant que quelques chambres dans le haut
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De Pancien syndic Zsaac-Louis Naville à la même.
€ Eh bien, chère sœur, m'y voilà ! j’en suis tout content, mais tout étonné. Tout le monde me fait mille caresses, mais je ne m'endors pas et continue à prendre toutes les précautions nécessaires, On dit que M. Mecker a reçu hier la nouvelle que Charles (De) Lacroix est enfin renvoyé. Il étoit ennemi des Suisses eb des Grenevois ; il vouloit bouleverser le pays de Vaud et réunir Genève à la France, et ne s’en cachoiït pas; c’est donc un événement fort heureux. L’évêque d’Autun ( Talleyrand) le remplace; ce n’est pas un homme estimable, mais il vaudra toujours mieux pour nous. . . . . AJ’aimerois bien vous voir ici, quand vous irez faire votre pèlerinage
aux ruines de notre chère Jérusalem. , . . ,. »
Du même à la même, de Céligny, 14 août 1797. — « N'ayez pas peur, chère sœur, je ne suis point encore prêt à aller dîner à Châtelaine; si jy vais, ce ne sera qu’à bonne enseigne, dans un carrosse bien fermé, sans chercher à voir de plus près Messieurs les Genevois. On me dit que la seule chose que je risquasse maintenant à Genève seroit peut-être d’y être Insulté par quelque pillard qui me rencontreroit dans les rues, — mais cela me suffit; et si j’allois à Villette, je ne traverserois pas la ville, même en carrosse; au reste, j'espère que notre cousine pourra m’amener ses enfants. Quant à Versoix, ne t’effraie pas: Cmon ami» ARoza y est tout-puissant, commissaire du pouvoir exécutif, ete. [l est venu me voir et m'a fort invité à aller le visiter à mon tour; ainsi j'aurai à Versoix une protection éclatante. . .
J'ai été, comme toi, très-fâché de la mort de notre oncle Thellusson, dans la force de l’âge et au moment où il jouissoit bien pleinement de sa splendide fortune! Je le regrette comme frère de notre mère, et surtout pour toi et ta famille, puisque vous lui avez des obligations; maïs je suis fâché de tout ce que j'entends dire de lui à l’occasion de son testament, qui est généralement trouvé ridicule. J’aurois voulu qu’il n’eût pas complétement oublié ses proches parents, qui en avoient besoin. Que lui eût-il coûté de mettre à l’aise notre oncle le syndie (Thellusson), par une bonne rente, qui n’eût pas diminué de beaucoup les millions qu’il veut qu’on accumule pour ses arrière-petits-enfants, qui n’existeront peut-être jamais ?
Je ne te parle pas de politique, parce que je n’y comprends absolument plus rien. » e