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CHAPITRE IV

Premier passage à Genève du général Bonaparte, 21 novembre 1797 (tiré des registres du Conseil et autres documents de l’époque).

La nouvelle de la paix, signée à Udine le 17 octobre, entre le vainqueur d'Italie et l'Autriche (traité de Campo-Formio), avait donné lieu à Genève à des réjouissances officielles. Dès le 10 novembre, les curieux allaient admirer à la Bibliothèque un buste en marbre du général Buonaparte, mis à sa disposition par la Société pour l'avancement des arts, pour qui le citoyen Menu l'avait fait venir d'Italie.

Dès le 13 novembre, le Conseil, avisé par le résident que le général passerait par Genève à son retour d'Italie, s’occupait des honneurs qu’il convenait de lui rendre comme général d'armée en chef et comme représentant de la République française : (Salve de 51 coups de canon, députation, parade de la garde nationale, garde d'honneur, banquet, présent de truites et d’eau cordiale. » Vu le peu de temps que le général devait passer à Genève, il fallut renoncer au banquet, à cause de celui que le résident lui offrait dans sa campagne de Saint- Jean, et auquel les quatre syndics étaient également invités; mais le résident promettait d'engager le général à retarder son départ d’une demi-journée «pour que les Genevois pussent jouir de sa vue. »

Le 21, le citoyen Jucques Vicat, de retour de Chambéry où le Conseil l'avait dépêché en courrier | pour informations plus promptes que celles du général Pouget, de Carouge, annonce qu'au moment de quitter Chambéry, entre minuit et

une heure, il y avait vu le général B., et que lui ayant demandé

1 Les frères Vicat, Genevois, étaient des voituriers en grand, qui conduisirent ensuite Bonaparte de Genève à Rastadt, mission qui leur valut certaines vexations de la part des populations allemandes et même des autorités du can-

ton de Berne.

ses ordres pour Genève, celui-ci l'avait seulement prié de prévenir le résident qu'il irait dîner chez lui dans la journée; que s’il n’est pas arrêté en route, il pourra arriver entre dix et onze heures du matin. Sur ce, le Conseil décide de siéger en permanence, de faire battre la générale à dix heures pour mettre tout le monde sous les armes, et d’expédier le secrétaire d'Etat Didier à Carouge à la rencontre du général B., pour lui demander où et quand il pourra recevoir la députation; il sera salué de vingt-cinq coups de canon à son arrivée chez le résident, et d’autant à son départ pour la Suisse. — À une heure et demie, retour du citoyen Didier et de ses collègues: « le général recevra la députation du Conseil en ville, une heure après son arrivée à la résidence. »

& À trois heures et demie, le général Buonaparte a fait son entrée en ville, dans sa voiture, au bruit de la salve d’artillerie, et il s’est rendu chez le résident en montant la Treille, suivant par la Grand’rue, précédé de la musique et au milieu de la garde nationale bordant la haie sur son passage.» À quatre heures et demie, le citoyen sautier, envoyé à la résidence pour s'informer du moment où le général serait disposé à recevoir la députation, rapporte que le citoyen Benjamin Desportes (frère du résident) lui a dit de sa part que ce serait dans une demi-heure. — À quatre et trois quarts, la députation s’est rendue à la résidence; dé retour de leur visite, les députés exposent: & Qu'ils ont été introduits dans le salon du résident, où ils ont trouvé un grand nombre de nos concitoyens ; 1 que le général, instruit de leur arrivée, s’est rendu d’abord auprès d’eux et leur à fait l’accueil le plus gracieux; que le citoyen syndic Gervais lui a adressé au nom du Con-

1 I] paraît que la visite des magistrats au général avait été devancée par celle d’une députation de Sans-Culottes genevois, qui était venue lui offrir une médaille d’or, et que le résident lui présenta comme «de vrais citoyens, la ter-

reur de l’aristocratie, les amis de la France et de l'égalité.» (Jullien, Histoire de Genève.)

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