CHAPITRE PREMIER. al
très-obligé et j’espère de votre bonté que vous continuerez à me faire voir ce qu’on a écrit sur cet objet, dont les phénomènes sont si extraordinaires.
Je vous envoie la recette ci-jointe pour les fièvres tierces et quartes, et je souhaite, Monsieur, qu’elle reçoive votre approbation. !
J’ai l'honneur d’être, avec toute l’estime et la considération possible, Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
CRAME. D
De Alexis-Claude Clairaut à M. Calandrini, professeur en philosophie à Genève, de Paris, le 6 mars 1749.
& Monsieur,
J'ai vu par la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire, que les disputes peuvent n’avoir rien du tout de fâcheux lorsqu'elles sont agitées avec des personnes comme vous, que leur mérite met au-dessus de toute petitesse et de toute passion. Lorsque je compare votre façon d'écrire sur des matières qui vous intéressent personnellement avec tout ce qui a été dit contre mon ouvrage par des personnes qui n’y avoient que faire et qui n’avoient pas même fait de preuves en ce genre, je ne puis trop me louer de votre politesse, et je me trouve consolé entièrement des tracasseries que j'ai eues, par le plaisir d’être en commerce avec vous.
Quoique je croie avoir de très-bonnes raisons pour n'être pas de votre avis sur les remarques dont votre lettre est remplie, une chose doit finir tout net notre dispute aux yeux du
| Nous supprimons naturellement cette recette d'il y a environ 130 ans, et qui se compose de trois remèdes distincts.
public et remettre tout le reste à chercher en notre particulier lequel de nous deux a tort : c’est que vous convenez que ce que vous avez trouvé ne porte aucune atteinte à la loy d'attraction Newtonienne, et que votre mouvement des apsides, pareil au mien pour le résultat, ne vous a paru bien déterminé que lorsque l’excentricité étoit infiniment petite ; que la solution qui vous est propre, et dans laquelle vous trouvez un mouvement d’apside assez conforme au réel, vous paroît la meilleure; et qu’enfin vous pensez que ce n’est que faute d’avoir eu égard à l’excentricité qu’on ne trouve que la moitié du vrai mouvement par l’autre méthode, qui est celle de M. Newton.
Par cette exposition de votre sentiment, que vous me conseillez de publier, je réponds beaucoup mieux que par tout ce que j'ai dit aux imputations qu’on m'avoit faites à votre sujet, et je n’ai nul besoin et encore moins d’envie de rien reprocher à vos solutions pour faire valoir les miennes. Je dis que je réponds ainsi parfaitement à ces imputations, parce que ce que j'ai trouvé est totalement opposé à cette conclusion. Ayant trouvé la véritable orbite de la lune dans laquelle j'ai eu égard à son excentricité et en même temps à toutes les circonstances qu’exige la question, j'ai reconnu que le mouvement réel de l’apogée ne pouvoit être qu’un peu moins de la moitié du réel, si on supposoit la lune attirée par la terre suivant la proportion inverse du quarré des distances.
La théorie de la lune que ma solution me donne est extrêmement différente de celle de M. Newton. Je ne trouve point comme lui un mouvement d’apogée tantôt direct ou tantôt rétrograde dans chaque lunaison, ni une excentricité qui varie continuellement. L’apogée, suivant moi, suit une loy continue et uniforme, et l’excentricité est toujours la même. L’équation que je trouve pour lorbite de la lune exprime non-seulement une révolution, mais tant de révolutions successives qu’on le