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CHAPITRE IV

— Cette nuit, malgré nos patrouilles, des malveillants ont sali d'encre ou de noir de fumée le drapeau françois (de la résidence). Le Conseil s’assemble, on a envoyé chez le résident pour l’engager à agréer un autre drapeau et telle satisfaction qu'il jugera à propos. Nous ignorons ce qu’il répondra. On travaille à une publication pour promettre une somme eonsidérable (400 louis) à qui découvriroit les coupables. — Pour moi, je vois dans ce fait l'incident qui doit en finir. Dieu veuille pourvoir à la suite des événements qui vont s’ensuivre! — Je vous embrasse avec plus d'affection que jamais. »

La députation envoyée au résident le trouva dans un état, réel ou simulé, d’exaspération furieuse, contre Q cet affreux attentat, pire que tous les crimes révolutionnaires. » Une scène d'émotion et d’embrassements succéda cependant aux supplications des magistrats offrant de remplacer à l’instant même le drapeau souillé. Presque aussitôt cinq mille citoyens défilèrent devant la résidence, pendant qu’un drapeau neuf était hissé à la place de l’ancien. Mais bien des gens pensaient que le coup n'avait pu être fait que depuis les fenêtres de la résidence, et ce fut en vain qu’on quadrupla la somme promise aux révélateurs. En tout cas, ce répit ne devait pas durer. Le 10 avril, on apprit que des troupes de l’armée francaise en Suisse venaient de rétrograder sur Coppet et Versoix; il y en avait de plus rapprochées au midi de la ville. Enfin, comme le parti patriotique persistait à vouloir désabuser le Directoire sur les agissements de «ses agents secondaires » et à demander la réunion d’un Conseil général, Desportes se décida à frapper le coup décisif; il le fit précéder la veille, 14 avril, d’une Note fulminante contre « les scélérats, noirs de crimes, couverts de sang et de boue, qui, malgré ses plaintes, continuoient à obstruer les avenues de la résidence et l’empêcher, par leurs cris de mort, de communiquer avec les bons

citoyens ; » il faisait entendre « qu’il étoit de son devoir de

recourir aux mesures propres à réprimer ces scandaleux atten-

tats. » Le lendemain 15, pendant que trois corps de troupes,

appelés par lui, s’emparaient de la ville par guet-apens, un

officier remettait encore de sa part aux syndies la note suivante :

« Citoyens, le crime s’agite dans vos murs. . .. , et vous restez muets, immobiles ! Etes-vous aussi assiégés par la terreur? Vous rend-elle sourds aux cris de mort qui glacent d’effroi tous vos concitoyens ? Ou plutôt, abusés par les insidieuses protestations des scélérats qui, naguère encore, portoient sur vos prédécesseurs leurs mains ensanglantées, ignorez-vous la vérité ? — Eh bien, je vais vous la faire entendre : A l'instant même où je vous adressois ma note d’hier, où je vous demandois vengeance des attentats des sicaires de la Grille et du Faisceau, ces monstres organisoient dans leurs repaires les plus affreux désordres. Ils ont tramé la dissolution du Conseil général de ce jour; des rixes, des combats sont préparés; la vie des meilleurs Genevois, des vrais amis de Ja France sera compromise; ils oseront plus !.… pour combler la mesure de leurs forfaits, pour amonceler tous les maux sur leur patrie infortunée, ils doivent attaquer la Résidence, ils doivent recommencer leurs outrages contre les couleurs sacrées du Grand Peuple, ils doivent attenter à ma personne !... Toutes ces atrocités auront aujourd’hui leur terme; une grande mesure peut sauver Grenève: le représentant de la Nation françoise vous l'indique, et le salut du peuple vous la prescrit.

Je demande que les antres de la Grille et du Faisceau soient fermés pour jamais, que les scellés soient aussitôt apposés sur leurs registres et sur tous les papiers de ces clubs incendiaires, et qu’il en soit dressé sans délai un inventaire juridique, afin que les cruelles machinations des tyrans de Genève soient révélées au plus grand jour; afin que l’on con-

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