CLAIRAUT
Paris, 6 mars 1749.
1 Nous ne prétendons pas ajouter ici quelque chose aux innombrables notices sur le premier géomètre français de son temps. Mais l'affaire à laquelle se rapporte cette longue lettre de l’illustre académicien fait trop d'honneur au savoir et à la modestie de Calandrini pour que nous la passions sous silence. Voici les faits, tels au moins que nous les avons compris: Æuter, Clairaut et d'Alembert avaient eu chacun le mérite de découvrir une erreur grave dans les calculs de Newton sur le mouvement de l’apogée lunaire; mais en cela, : comme Clairaut et d'Alembert eux-mêmes en convinrent ensuite, Calandrini les devançant tous, avait en outre donné les raisons exactes de l'insuffisance de la méthode employée par le grand mathématicien anglais. Gabriel Cramer se trouvait à l’Académie de Paris, où il avait accompagné le prince de Saxe- Grotha, lorsque Clairaut lut le mémoire dans lequel il annonçait sa découverte d’une faute dans Newton. Aussitôt Cramer déclara que son ami Calandriui avait fait la même découverte et qu’on en trouverait déjà la preuve dans l'édition genevoise des Principes mathématiques 4e Newton. Aussitôt aussi, il écrivit à Calandrini ce qui se passait; mais jamais il ne put décider le modeste professeur genevois à revendiquer pour lui-même l’honneur de cette découverte, ni à publier ce qu'il avait de longue date en manusecrit sur cette matière. Par contre, Cramer les engagea vivement à élucider la chose entre eux, et il s’en suivit une correspondance aussi courtoise que volumineuse, qui se termina entièrement à l'avantage de Calandrini, et dont cette lettre, qui porte le cachet de Gabriel Cramer, est l’une des premières pièces. Ajoutons que nous ne trouvons pas la plus légère allusion à cette affaire dans la copie des notes aussi courtes qu'ultra-modestes que Calandrini avait fournies sur sa famille et sur lui-même pour répondre à la demande des éditeurs d’un Dictionnaire biographique, (Senebier, Hist,litt., art. Calandrini.)