‹ D'un siecle à l'autreChapitre 3 sur 253 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

C’est une affaire de temps; aussi n’était-il besoin de remonter si haut ni de citer des noms illustres pour justifier, sans ironie. aucune, de l’utilité des documents intimes. De quelle valeur ne seraient-ils pas, par exemple, pour ces périodes du moyen âge, — qu’on n’étudie de première main que sur des milliers de vieilles chartes, dont les neuf dixièmes ne sont absolument que les actes de vente ou les baux à ferme de ces temps-là, — voire pour certains épisodes et états de choses beaucoup plus récents, comme Gaullieur lui-même et d’autres l’ont prouvé chez nous dans quelques publications locales. « Il est telle famille à Genève, dit M. Charles Eynard (dans sa Notice sur Lucques et les Burlamacchi), dont l'histoire serait celle du mouvement politique, littéraire, scientifique et religieux de la République pendant deux siècles, et nous ne saurions assez regretter que ce travail n’ait pas été fait.» En attendant, nous n’avons pas été seul à penser qu’il y aurait à glaner dans le passé de tout ménage ou de tout groupe d'individus.

Depuis quelque temps on publie des biographies de famille, si l’on peut s’exprimer ainsi. Les amateurs de beaux livres connaissent ceux de M. Raoul de Cazenove, du comte Paul du Chastel de la Howardrie, et les publications des Sociétés savantes qui se sont formées en divers pays pour exploiter sur une plus grande échelle cette nouvelle branche d’historiographie. À Genève même, nous avons dernièrement vu éclore de charmantes notices sur quelques familles qui ont voulu commémorer ainsi l’événement plusieurs fois séculaire de leur arrivée dans nos murs, en qualité de réfugiés pour la religion. Aux centenaires bruyants de la place publique succèdent les jubilés plus recueillis du foyer domestique; c’est un besoin de notre époque, cependant si oublieuse! Ces publications ne sont, il est vrai, destinées qu'aux membres et aux amis des familles en cause; mais elles n’entrent pas moins avec le temps dans le domaine public, en passant par celui des bibliophiles. En attendant, tout lecteur désintéressé convient qu’elles se lisent avec intérêt et instruction, précisément à cause de leur caractère d'intimité, c’est-à-dire de sincérité, de vérité. Ce que nous

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