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CHAPITRE PREMIER

De M. Seigneux de Correvon,! à M. Abauzit, etc. etc... .. à Genève, de (Lausanne?) ce 15 juillet 1761.

& Monsieur,

Imaginez, je vous prie, que j’entre dans votre cabinet pour vous consulter; câr le moyen de se passer de vos lumières dans les matières qui exigent une érudition peu commune et à l'abri de toute critique! A qui s’adresser encore qui soit plus humain, plus communicatif et plus ami de la vérité? — Mais quelle indiscrétion seroit la mienne de vous engager dans un travail pénible dans un temps et à un age où tout, excepté le désir d’être utile, doit vous prêcher le repos! Ne vous peinez donc point, mon cher Monsieur, à cette occasion ; faites plutôt violence à votre bonté pour moi et à votre politesse. Mais par le canal de notre bon ami M. Tollot,? ou en dictant quelques mots sans aucune gêne, mettez-moi en état, si cela se peut, d'éviter un écueil que j’apperçois dans une note de mon ouvrage, tome I, page 221, qui a pour objet le passage de $. Irénée adv. hœres. Valentini, sur la succession des Evêques de Rome, qui se trouvoit indiqué par Addison.

D'abord, Monsieur, ce passage si flatteur pour l'Eglise qui s’arroge la primauté sur tous les évêques en lui donnant pour

1 L'auteur de cette lettre, savant gentilhomme vaudois, est connu par sa collaboration, sur divers sujets d'histoire, de théologie et de jurisprudence, à plusieurs journaux scientifiques de l’époque. L'ouvrage dont il parle ici, est sans doute sa traduction du livre d’Addison, sur la religion chrétienne.

2 Jean-Baptiste Tollot, dont Senebier dit fort peu de chose, était un pharmacien estimable qui consacrait ses loisirs aux belles-lettres. Ce que nous avons vu de lui, d’un style très-coulant, annonce plus de facilité que de génie. C'était, comme écrivain, une sorte de journaliste ou de factotum littéraire, d'un assez bon esprit du reste, et dont le nom se rencontre fréquemment dans les correspondances de l’époque. Comme il cultivait aussi la poésie, un mauvais plaisant lui à décoché le distique suivant:

Il est poète, apothicaire, Ïl fait des vers, il en fait faire,

chefs et fondateurs les apôtres $. Pierre et $. Paul, n’a-t-il rien de suspect d’interpolation? — D’abord le témoignage de $. Irénée, lib. III, e. 3, ne paroît pas d'accord avec la tradition qui veut que l'Eglise de Rome ait été fondée par S. Pierre, ni avec S. Paul lui-même qui dit formellement, Rom. XV, 20: « J’ai pris à tâche de ne prêcher l'Evangile, € ete., ce qui m'a souvent empêché d'aller à Rome. » Il n’étoit donc pas le fondateur de l'Eglise de Rome (disent MM. de Beausobre et L’Enfant dans leur préface sur l’Epître aux Romains), puisqu'il ne pouvoit y annoncer l’Evangile sans bâtir sur le fondement d'autrui. Une si grande inexactitude sur le sujet de S. Paul rend fort suspect ce que S. Irénée dit en même temps au sujet de S. Pierre. Aïnsi (ajoutent ces savants critiques), quelque respect que l’on ait pour l'autorité de ce saint évêque, on ne sauroit nier qu'il ne se soit trompé au sujet de NS. Paul, à moins que de démentir $. Paul luimême.

On sait encore combien est fabuleux le récit de Papias du voyage de $. Pierre à Rome sous l'empire de Claude, et de la victoire qu’il remporta sur Simon le Magicien, mais qui s'accorde si mal avec l’histoire des Actes, que ni l'autorité de Clément d'Alexandrie, ni celle d’'Eusèbe, qui a copié Clément, ne suffisent pas pour y faire ajouter foi.

L’on nous assure cependant qu’il y avoit deux évêques dans les grandes villes: un pour les Juifs convertis par l’apôtre de la circoncision ($. Pierre), et un autre pour les payens convertis par l’apôtre des Gentils (S. Paul). Cet usage est attesté par les Constitutions Apostoliques, ouvrage contesté pour la partie des dogmes, mais d’une telle antiquité pour les faits qu'il sert à en attester plusieurs. Or dans le Liv. VII, ch. 46, ces apôtres, introduits parlant, disent sur l'Eglise de Rome: € Romanorum Ecclesiæ primus quidem Linus, Claudiæ filius, Qu Paulo; secundus autem a me Petro, ete, » $. Paul paroît

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