CHAPITRE II
DE 1750 a 1759
Correspondance officieuse du Gouvernement genevois avec son Représentant à Paris en 1750 ; accident de voiture; Conseil Général ; le Résident de France, question du fauteuil. Contestations territoriales; notre catholique unique de Russin; autres inconvénients de l’eviquité et du morcellement du territoire genevois enserré par les trois Etats voisins. Episode des contrebandiers-brigands et leur procès. — Lettre du Ministère anglais. — Correspondance de la part du Conseil avec le professeur Jacob Vernet à propos du procès de Michel Servet. — Menu d'un repas de noces et autres en 1758. — Mort de Jean-Louis Calandrini, lettres de Charles Bonnet et de M. Langes de Lubières à ce sujet.
Cependant, après une carrière académique de vingt-six ans, Jean-Louis Calandrini laissa son ami Gabriel Cramer en pleine possession de l’enseignemeut qu’ils avaient en quelque sorte partagé entre eux,‘ et fut aussitôt promu au € magnifique Conseil » d'Etat, puis successivement aux honneurs de la trésorerie générale et du syndicat. C’est à cette nouvelle phase de sa vie qu’appartiennent les lettres de ce chapitre, écrites dans un milieu tout différent des précédentes. Nous renvoyons à la II Série de ce recueil d’expliquer au lecteur étranger la nature et le jeu des institutions politiques et sociales de l’ancienne République genevoise. En attendant, peu de mots sufiront pour l'intelligence des faits suivants.
Gabriel Cramer ne devait pas en jouir longtemps, car il mourut à Bagnols déjà le 4 janvier 1752, dans un voyage entrepris pour sa santé.
En 1750, le Gouvernement de Genève trouva convenable d'entretenir, en outre de ses rapports officiels avec le ministre de la République à Paris, alors Jean-François Sellon ,! une correspondance périodique tout intime, destinée à bien tenir ce ministre au courant de ce qui se passait chez nous. Cette tâche fut confiée en premier lieu au conseiller Jean-Louis Calandrini, qui devait s’en acquitter tous les lundis. La correspondance entière, au moins pour 1750, nous est conservée dans son copie-lettre, qui contient, en surplus, les réponses originales de M. Sellon.
L'ensemble de ces lettres est naturellement des plus bigarrés. Les naissances, les décès, les mariages, les maladies et autres événements de ce genre survenus dans le cercle des connaissances communes des deux correspondants s’y trouvent mêlés aux questions politiques les plus graves.
Par exemple, dans une des lettres les plus importantes relativement aux rapports des deux pays, M. Sellon est informé d’un accident de voiture arrivé à M. et Madame Pellissari, dits de Hollande, et au professeur Cramer dans une course qu'ilsavaient faite ensemble à Grenthod. Leur « carrosse » s'étant heurté à un quartier de roche, le cocher fut jeté à bas
1 Ce Jean-François Sellon, d'abord chargé d’affaires, puis ministre de la république de Genève à Paris de 1749 à 1764, du Conseil des Deux Cents en 1752, de celui des Soixante en 1762, seigneur d'Allaman au pays de Vaud dès 1785, ete., est le grand-père de Jean-Jacques de Sellon, comte du saintempire, le fondateur de la Société de la paix et l'infatigable adversaire de la peine de mort. Des sœurs du comte, l’aînée, Jeanne-Victoire, épousa : en premières noces le baron Blancardi Rovero de la Turbie, ministre plénipotentiaire du roi de Sardaigne à Saint-Pétersbourg; en secondes noces, Jules-Gaspard Aynard, duc de Clermont-Tonnerre, pair de France, maréchal de camp, etc.; — la seconde, Adélaïde-Susanne, fut femme de Michel-Antoine Benso, marquis de Cavour, vicaire royal de la ville de Turin, etc.; leur fils cadet, Camille, n’est autre que le fameux comte de Cavour, président du Conseil des ministres de $. M. Victor-Emmanuel; — la troisième, Jeanne-Henriette, épousa Louis de Douet, comte d’Auzers, directeur général de la police dans les départements de l'empire français situés au delà des Alpes. (Voir nos Notices généalogiques sur les familles genevoises, t. IV.)