‹ D'un siecle à l'autreChapitre 43 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

et qui avoit duré une heure entière.» Par contre, le Petit Conseil punit assez sévèrement des jeunes gens qui s’étaient permis de voter sans avoir les vingt-cinq ans accomplis requis par la loi: ils furent condamnés © à la privation des droits honorifiques de la bourgeoisie jusqu’à ce qu’ils eussent atteint cet âge, et à autant de jours de prison qu’il leur manquoit d'années pour l’atteindre. »

Une réclamation plus grave arriva du quartier de St-Gervais, qui se plaignit (comme il le fit il y a une vingtaine d'années) € qu’on n’y avoit pas reconduit tous les canons qu’on en avoit sortis pour tirer des salves pendant le repas donné à Monsieur le Résident de France »; à quoi le Gouvernement répondit : « qu’il n’avoit retenu que ceux de ces canons qui y avoient été menés en sus du nombre réglementaire lors de la venue des Espagnols.! »

Les faits et gestes du Résident de France à Genève, alors le baron de Montpeyroux, donnaient naturellement lieu à de fréquentes communications entre les deux correspondants. Il y eut de longs pourparlers entre eux, ainsi qu’entre le Résident lui-même et le marquis de Puysieulx, ministre des affaires étrangères de France, à propos du « fauteuil » que M. de Montpeyroux prétendait lui être dû, aussi bien qu’à ses prédécesseurs, dans les repas de cérémonie. Or, comme le Gouvernement genevois se montrait tout aussi obstiné dans l'opinion contraire, autant du moins qu’il le pouvait sans se brouiller pour une question d’étiquette avec sa puissante voisine, on trouva dans les antécédents de la Résidence française un fait dont l’application

4 En 1742 et 1743, lorsque la Savoie fut envahie par l'infant don Philippe à propos de la guerre de la succession d'Autriche. — Un épisode fort peu connu de cette époque, est le massacre que la population exaspérée d'Annecy fit de tous les Espagnols qui se trouvaient dans cette ville, sauf un, nommé Molino, qui, sauvé par une servante, l’épousa et devint par elle l’aïeul des habitants du hameau dit Les Espagnoux, près du château de Duing. ( Bertolotti, Voyage de Savoie, 1827.)

put satisfaire tout le monde: un Résident très-poli, M. de Champeaux, le même dont il a été question plus haut, avait eu la délicatesse de refuser le fauteuil qui lui était offert. On convint de part et d’autre qu’il en serait dorénavant toujours de même, c’est-à-dire que les syndics auraient toujours soin d'offrir à M. le Résident de France un fauteuil, que celui-ci ne manquerait jamais de refuser avec le même empressement. Calandrini observe à ce propos que lemagnifique Conseil considérait ce cérémorial du fauteuil (comme une sorte de traité tacite, auquel aucune partie ne pouvoit faire le moindre changement sans le consentement de l’autre. » Du reste, on se louait beaucoup des formes aimables de M.de Montpeyroux, qui, dans les deux festins de gala qu’il avait rendus à la Seigneurie, avait eu soin d’orner tous ses cristaux des armes de Genève, avec de petites figures en cire pour les soutenir, en manière de supports héraldiques.

Mais les questions les plus graves et qui se présentaient le plus souvent étaient celles qui tenaient à la position géographique de la ville de Genève et de son petit territoire, mor-: celé en fragments microscopiques et enclavés dans les possessions de trois puissances (France, Sardaigne et Berne) qui n'étaient pas toujours d’accord entre elles. Sans doute, le traité de 1749 avec la France avait été conclu pour terminer de ce côté-là (c’est-à-dire sur la rive droite du lac et du Rhône), par une délimitation purement politique, tous les conflits de juridiction féodale, civile et ecclésiastique provenant du régime antérieur. Mais en 1750 l’opération n’étaitencore qu’ébauchée, pour ainsi dire, et donnait lieu à des contestations très-compliquées, surtout du côté du mandement de Peney, de Russin, de Dardagny et de Malval, où régnait de temps immémorial un enchevêtrement inextricable de droits et de services réciproques avec les communes limitrophes du pays de Gex. Cependant la clause bizarre du traité de 1749 relative au vil-

Page 1