CHAPITRE II
lage entièrement genevois de Russin était en pleine exécution.1 En vertu de cette clause, l'exercice public de la religion catholique devait être maintenu à Russin, avec jouissance exclusive et inaliénable du temple (naguère protestant), de la cure et de tous les biens, droits et revenus qui en dépendaient, au profit du curé, et défense d’aliéner les propriétés de l'endroit appartenant à des catholiques, à des individus d’une autre confession. Or il n’y avait à la lettre dans cette paroïsse fictive qu’un seul catholique, par cela même d’autant plus en vue, et que le Gouvernement genevois désignait habituellement sous le terme «notre catholique unique» ou ¬re seul catholique ». Heureusement que les ennuis inévitables et probablement prévus que cet individu devait nous donner étaient alors précisément l’opposé de ce qu’on aurait pu craindre. Le bruit ayant couru que les « Gardes d’Eglise » (espèce d’Anciens du Consistoire ruraux) de la paroisse de Dardagny, qui comprenait les communiers protestants de Russin, avaient cherché à convertir à la réforme la femme du catholique unique, le pasteur de Dardagny fut obligé d’aller s’en expliquer avec elle, accompagné de ses € Gardes». Elle disculpa les Gardes, mais parla alors de son curé avec si peu de ménagements que le pasteur crut devoir s’en plaindre au Conseil. Celui-ci n’hésita pas à condamner cette femme à la prison et à demander pardon à la Seigneurie et à son curé, qui, il faut le dire, se montra si touché de cette attention, qu’il demanda et obtint l’élargissement de sa paroïissienne.
La conduite de ce curé genevois sans ouailles contrastait alors avec celle de son collègue savoyard de Laney, qui, flanqué du syndic de l’endroit, se transportait, disait-on, en habits € pon-
| Jusqu’alors ce village avait été un type de complication politique, féodale et juridique ; car il ressortissait à trois Etats à la fois: à Genève, comme héritière de l’ancien prince-évêque; au roi de Sardaigne de par le prieuré de
Saint-Victor qui y avait possédé un petit prieuré filial; enfin à la France, par enchevêtrements féodaux avec certaines seigneuries du pays de Gex.
tificaux » dans toutes les maisons protestantes de Lancy et de Carouge pour bénir les granges, exiger les prémices, refuser aux protestants la permission de travailler aux jours de fêtes, tandis qu’il l’accordait aux catholiques, etc. Il est vrai que le traité qui devait régler les enchevêtrements des paroisses de la rive gauche du lac et du Rhône avec celles de la Savoie limitrophe ne fut conclu que cinq ans plus tard, en 1754.1
Puisque nous parlons de la campagne, nous citerons un autre fait qui s’y rapporte : on reçut de Paris la plainte de ce que certaines communes du territoire genevois accordaient, moyennant finance, le droit de commune à des étrangers catholiques, qui ne recherchaient cet avantage que pour bénéficier des priviléges dont jouissaient en France les sujets suisses ou alliés de la Suisse pour entrer dans certains régiments, ou pour revêtir certaines fonctions spéciales , telles que portiers, suisses d'église ou de maison, ete. Dans le cas présent, il s’agissait d’un Savoyard du Chablais reçu communier de Jussy. Cette réception dut être annulée et l’argent rendu, et défense fut faite par le Conseil aux procureurs de villages (les autorités municipales de l’époque) de recevoir à l’avenir des communiers nouveaux sans l'autorisation des châtelains ou juges respectifs, qui veilleraient € à ce qu’on n’admît que des protestants de bonne vie et mœurs. »
Au fait de la diversité et de la confusion des territoires autour de Crenève, se rattache encore la question des péages, des
1 Jusqu'à ce traité, Genève réformée eut dans les localités précitées, comme dans beaucoup d’autres de la rive gauche, des droits mi-féodaux, mi-ecclésiastiques et utiles, qui s’appliquaient à des demi-sujets coreligionnaires, — mais non le domaine direct, c’est-à-dire la souveraineté proprement dite, qui était restée à la maison de Savoie. Il en était de même, mais d’une façon plus complète et plus étendue, dans les terres dites de Saint-Victor, soit les paroisses protestantes de Chancy, Avully et Cartigny. d’où les appels de la juridiction genevoise étaient portés au Sénat de Chambéry. Nous avons cherché à élucider sommairement toutes ces questions dans le volume II de Genève historique et archéologique.