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CHAPITRE II

€ passe-ports, » soit laissez-passer pour les blés, les bois et autres semblables marchandises — ainsi que celle relative au titre des matières d’or et d'argent employées dans diverses manufactures, et aux fausses monnaies. Il s’agit là d’une pièce d’or espagnole, dont une enquête, très-habilement conduite, retrace l’histoire entière, soit sa circulation de main en main depuis sa première apparition jusqu’à sa confiscation finale.

Les questions d’enrôlement et de désertion ressortissaient à cette même rubrique et pouvaient devenir très-oraves dans un petit pays forcément neutre, qui avait sur ces matières un cartel spécial de réciprocité avec la France, mais où les agents de plusieurs autres Etats, venaient, malgré les défenses, recruter secrètement non-seulement des Genevois, mais aussi des sujets français, savoyards ou suisses des environs, — puis ne se gênaient pas de venir les réclamer à grand bruit quand ils avaient déserté. C’est ainsi qu’en 1750 les démarches tapageuses et imprudentes d’un jeune Prevost, officier genevois au service de Hollande, courant après ses déserteurs, faillit nous brouiller avec «Leurs Hautes Puissances » des Pays-Bas, et arrêter, en outre, le traité que nous venions de conclure avec le Gouvernement français MM. Calandrini et Sellon ne purent éviter à ce jeune étourdi de bonne maison la peine très-sévère qu’il venait d’encourir, qu’en traitant ce € crime d'Etat» officieusement et comme à l’insu du Conseil. !

Mais l’inconvénient le plus grave résultant du morcellement enchevêtré de quatre Etats différents sur un espace aussi resserré consistait dans les ressources multiples qu’un pareil état de choses offrait à la contrebande, dont la faute retombait

1 En 1748, la France avait, pour des faits analogues, menacé Genève d’un blocus par terre et par eau, si cette ville ne savait pas mieux faire respecter sa neutralité. (Les Résidents de France à Genève, par Sordet, chap. IV.)

volontiers sur le gouvernement le plus faible. Aussi, les fermiers généraux de France, dont les opérations ne rencontraient peut-être nulle part autant de difficultés que dans notre voisinage, prétendaient-ils hautement que l’opulence des Genevois était le résultat de la contrebande effrénée qui se faisait autour de notre ville et à notre profit. Cette fois le Gouvernement genevois était d'autant plus intéressé à démentir ces calomnies, que les contrebandiers joignaient alors à leur profession aventureuse celle plus lucrative encore de brigands et de voleurs de grand chemin.

En attendant l'effet de ses poursuites, le Conseil cherchait à s’excuser de son mieux sous le bénéfice de circonstances exceptionnelles auxquelles il ne pouvait rien. Il prétendait, entre autres, € que le nombre extraordinaire de grands seigneurs et de dévots attirés à Turin par le mariage du duc de Savoie et par l'exposition du saint Suaire, avait fait lever sur leurs pas une prodigieuse quantité de rôdeurs et de bandits ; que le quartier-maître du régiment de Savoie s'était vu enlever ainsi à Rivole la caisse de son régiment, etc. ete. » Mais enfin, les choses en vinrent au point que les autorités des quatre pays limitrophes durent s'entendre entre elles pour y mettre un terme, Nombre de gens suspects furent arrêtés en France, en Savoie, sur territoire genevois et sur celui de Messieurs de Berne. Dans leur zèle, ces derniers firent, en outre, main basse sur une bande de voleurs qui se cachait dans une forêt près de la capitale (sans doute le Grauholz), maïs qui se trouva n’avoir aucun rapport quelconque avec celle qu’on poursuivait autour de Grenève.

La plupart des individus arrêtés dans nos parages furent trouvés coupables et punis avec toute la rigueur de l’époque. Nous laissons le conseiller Jean-Louis Calandrini raconter lui-même à son correspondant les prouesses et le sort des

contrebandiers saisis sur territoire genevois.

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