‹ D'un siecle à l'autreChapitre 48 sur 253 · CHAPITRE II. ti · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. ti

Piracoud soi-disant déserteur; ce qui donna lieu à une dispute feinte entre lui et les autres, dont l’un fit semblant de sortir pour chercher le châtelain, mais en réalité pour informer les chefs de l’état des choses. Cela même servit à leur faire porter à souper, les prétendus soldats ayant dit au déserteur d’aller souper dehors, qu’il ne souperoit point avec eux. — Toutes les mesures prises, vers le milieu de la nuit, Puthon suivi de La Forêt alla droit à la chambre de l’hôte, qui étoit au lit, et le força à donner les clefs. On attacha tous ceux de la maison, entre lesquels se trouvèrent un marchand de cerises que sa pauvreté rendit intact et qui a servi de témoin, et deux marchands du Dauphiné qui furent liés et volés. Le pillage fut assez considérable,

Après ce vol, Puthon crut que pour sa sûreté il devoit passer en Suisse. Pour cela il traversa le lac et vint au logis de Genthod avec Armand; ils y restèrent deux jours à se divertir. Mais M. le syndic de la garde y envoya une troupe considérable de soldats qui les saisirent et qui prirent aussi l’hôte de Genthod, soupçonné d’intelligence avec eux. On arrêta aussi le Suisse de Champel, sa femme et sa fille, le valet de Conches, un contrebandier et sa femme qui se trouvèrent chez eux, et un déserteur françois qui rôdoit en attendant lPamnistie qu’il espère devoir se publier après les couches de Madame la Dauphine. Ces trois derniers ont paru n’avoir aucune liaison avec les autres et ont été libérés. Maïs on arrêta d’un autre côté le petit fripon qui avoit volé le cheval pour Novelle et un de ses camarades, en sorte qu’il y a eu treize prisonniers impliqués dans cette affaire.

Quelques lettres de Puthon surprises, les déclarations de ceux qui ont été volés, les dépositions des personnes que le hazard avoit fait rencontrer dans ces endroits volés, ou

1 Sans compter ceux qu’on avait arrêtés au cabaret de Champel et punis

l'hiver précédent,

des domestiques, qui dans ce cas ont paru en qualité de témoins nécessaires; enfin la reconnoissance des effets dont les prisonniers étoient nantis, tout cela a suffi pour amener les preuves indispensables à la condamnation. On a eu de plus des aveux: la fille de Piracoud a donné les détails de faits qui se sont trouvés ‘vrais ; sa confrontation avec Armand a amené celui-ci à l’aveu, et Armand a convaincu Novelle, lequel a tellement pressé Puthon que, quoiqu'il eût soutenu cette confrontation, il demanda le lendemain à faire sa déclaration, qui a été de bonne foi sur tous les faits du procès. Marguillier seul a résisté, et pour se tirer de la diffculté des procédures, il a pris le parti de contrefaire le fou, ce qui ne lui a pas réussi, les preuves par témoins ayant suff pour le faire condamner à mort comme ses complices. »

Tel est le récit de Calandrini. Nous le complétons librement par quelques autres extraits de cette lettre et des suivantes, et surtout par les registres du Conseil sur cette même affaire.

Et d’abord, il s’en fallut bien que la tenue de ces gens

devant les tribunaux fût convenable, quoiqu’ils ne pussent se faire aucune illusion sur le sort qui les attendait, En rapportant les circonstances de leurs méfaits, ils ne pouvaient s’empêcher d’en plaisanter, voire d’en rire aux éclats, en sorte (dit Calandrini) que leurs confrontations devenoient de véritables scènes comiques. »

L’objet de leur contrebande consistait principalementen tabac qu'ils allaient prendre à Coppet et dont la plus grande partie était importée par eux en Savoie, soit par le lac, soit par le territoire genevois. Mais en France, ils introduisaient en outre Qà gros profit» des livres de religion qu’ils chargeaient à

Vevey.! On remarque que l’homme qui faisait cet aveu n’en était

1 Le reproche de favoriser ou de tolérer l'introduction de livres de religion

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