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CHAPITRE II

Le. pas moins le meilleur, pour ne pas dire le seul bon catholique de la troupe, et qu'ayant demandé quelques livres pour sa consolation, il refusa net, Cerainte d’hérésie,» le Nouveau Testament qu’on lui avait offert. Il fut aussi le seul qui plus tard

demanda un confesseur. Mais on lui fit observer (qu’en se con- fessant à Dieu, il ne devoit pas craindre que le manque de con- fession lui fût imputé, puisqu'il n’y avoit point de faute de sa part.» Il se contenta de cette réponse et Calandrini observe «que cela fit plaisir.» Mais cela en fit moins aux autorités spirituelles auxquelles ces gens-là ressortissaient pour le salut de leur âme. Aux plaintes qui arrivèrent de l’évêque d'Annecy et des cures catholiques des environs, le Conseil répondit qu’on y remédierait lorsqu'il y aurait réciprocité entre les deux pays pour les cas de cette nature, cas qui s'étaient déjà présentés très-souvent sans provoquer la moindre observation.

À propos des relations officielles de Genève avec la cour de Sardaigne, nous citerons en passant ce fait curieux, qui fut relevé cette année à propos d’une simple lettre de félicitation du Conseil pour le mariage du duc de Savoie. Tout naturellement, les lettres officielles du Conseil à destination de Turin étaient adressées au ministre des affaires étrangères, comme cela se pratique toujours et partout en pareil cas, Mais ce ministre ne manquait jamais de remettre immédiatement le pli genevois à son collègue le ministre de l’intérieur, qui se chargeait ensuite de la réponse, absolument comme s’il se fût agi de relations avec une ville ou une province des Etats en France fut à diverses reprises adressé à Genève par cette puissance. En 1744, le Résident de France s'était plaint que cette contrebande propagandiste n’était pas étrangère aux mouvements des protestants dans le Midi. (Sordet, Les résidents de France à Genève, chap. IV.) On peut juger maintenant de l'étendue considérable du théâtre d'opération de nos contrebandiersvoleurs : depuis Vevey et les rives vaudoises et genevoises du Léman jusqu’au fond du Chablais, et de là à travers le Faucigny et le Genevois jusqu'aux envi-

rons d'Annecy. Les quatre nationalités limitrophes étaient représentées dans cette bande, dont une partie échappa à la justice genevoise,

Sardes. Le Gouvernement genevois voyaitavec raison dans ce procédé, dont il était chaque fois dûment averti, une suite des anciennes prétentions de la maison de Savoie sur Grenève, et la réponse faite cette fois à sa demande d’explication ne fut pas de nature à le faire changer d’opinion. On répondit « qu'il ne falloit pas mettre de l'importance à une habitude prise d’ancienne date; que Grenève n’étoit pas d’ailleurs le seul Etat dont les relations ressortissaient au ministère de l’intérieur, puisque Rome (le saint siége) se trouvoit dans le même cas. »

Pour en finir avec nos contrebandiers voleurs, tous avaient déclaré s’en rapporter à la justice et à la clémence du Conseil, sans demander d’avocat. Le plus coupable était Jean-Pierre Puthon, de Rumilly en Albanais, le scrupuleux orthodoxe. On avait d’abord proposé &qu'il fût rompu vif sur une croix de saint André et étranglé après les deux premiers coups. » Puis on trouva que ce serait aller trop loin €puisqu’il n’avoit pas tué en lieux où il étoit connu et où il avoit intérêt à le faire, — et qu'il falloit d’ailleurs faire la différence entre vol sans meurtre et vol avec meurtre. » En conséquence, on le condamna simplement ©à être pendu et étranglé, façon accoutumée.» La même peine atteignit trois de ses complices, savoir Gédéon Armand, de Lausanne, Bernard Novelle dit Brunaud, de La Table près Montmeillan, et Pierre- Gabriel Marguillier, d'Annecy, celui qui contrefaisait le fou, prétendant ne s'appeler que Jean tout court.

François Dunant, de Sézenove, le petit fripon qui avait volé le cheval pour Novelle, fut condamné «à être lié et mené la hart au col à la place de Plainpalais, et là être présent à l'exécution qui y sera faite; ensuite être fouetté de verges jusqu’à effusion du sang, faisant six tours autour du gibet, puis être marqué d’un fer chaud aux armes de la République, puis banni de la ville et des terres d’icelle sous peine de la vie. » Une peine

toute semblable, y compris la fustigation au pied du gibet, fut

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