‹ D'un siecle à l'autreChapitre 5 sur 253 · VIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT-PROPOS

même du temps, une foule de faits, d'incidents, de détails, d’ap-

préciations et de rectifications, qu’on chercherait vainement

ailleurs, même pour des événements très-connus. D'ailleurs

notre esprit n'est-il pas ainsi fait que, même pour les choses les

moins contestables, il est reconnaissant de toute nouvelle preuve

d'authenticité? Sans doute, des noms illustres y aideraient

mieux ; mais au fond, convergeraient-ils mieux vers notre but? S'il y à intérêt à savoir comment tel caractère supérieur jugeait les hommes et les choses de son temps, qu’il devançait plus qu'il ne représentait, ne nous importe-t-il peut-être pas tout autant d'apprendre comment à sa place nous les aurions jugés

nous-mêmes ? — Enfin, ce qu’il faut rechercher dans les docu-

ments intimes, ce n’est pas seulement quelques détails nouveaux sur tel événement ou sur tel personnage, c’est aussi le reflet, l’influence, l'appréciation de l’événement et du personnage dans l’opinion et les idées de leur temps; c’est l’histoire prise au moment où elle se fait. À défaut de tout cela, c’est encore l’écho et Pair ambiant, pour ainsi dire, d’une autre époque. C’est done,

comme procédé historique, précisément l’opposé de l’auteur qui,

jugeant de haut ce qu’il se contente de voir de loin, n’aperçoit dans le passé qu’un conflit sans cesse renaissant de théories plus ou moins abstraites, incarnées dans un nombre limité de types officiels, patentés en quelque sorte, pour rester seuls imputables des destinées, bonnes ou mauvaises, du genre humain, ou d’un peuple, ou d’une ville, selon l’étendue de la scène sur laquelle ils se meuvent. Mais est-ce bien là tout ce qu’il importe de retirer de l'étude de l’histoire, tant pour l'individu que pour le pays auquel il appartient? Ne serait-ce pas précisément l’absence d’affinité hamaine proprement dite, pour ces personnages typiques, qui empêche le lecteur de se pénétrer de la part de responsabilité qui doit incomber à tout citoyen, peut-être même à toute citoyenne, ne fût-ce qu’en vertn de cette solidarité de condition et de circonstances par laquelle toute existence humaine est engagée dans mille autres existences ? Ceci est surtout vrai dans une petite république, où les termes de nation et de famille se touchent de si près, qu’on ne saurait remonter dans les antécé-

Page 1