‹ D'un siecle à l'autreChapitre 6 sur 253 · AVANT-PROPOS. IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. IX

dents d’un seul nom, à plus forte raison d’un seul groupe de

__ familles, sans constater les liens et la solidarité qui les embras-

sent tous. Ces considérations nous ont paru au-dessus des serupules que nous aurions pu avoir à rapporter, comme étude comparée et couleur locale, quelques détails personnels et d’intérieur, vieux de plus d’un siècle. A tout dire, nous ne comprendrions pas que la génération actuelle refusât de s’intéresser aux faits et gestes de ses aïeux et de leurs contemporains, surtout

pendant les temps les plus difficiles que notre pays ait eu à traverser. Enfin, qu’importent les noms, si l’ensemble offre un tableau fidèle et nouveau des époques parcourues ?

La majeure partie de ce premier volume appartient aux temps que tous les publicistes considèrent, après celui de la Réforme, comme les plus importants de l’histoire genevoise, soit par la portée des idées politiques et sociales, prématurément débattues au sein de la petite République, soit par le nombre phénoménal d'illustrations en tous genres qu’elle produisit alors malgré ses troubles incessants. Pour les unes et les autres, qui ont leur bibliographie spéciale, nous nous bornerons aux mentions faites dans nos lettres et aux explications qu’elles peuvent réclamer. D’ailleurs, pour les deux premiers chapitres, notre tâche était toute tracée par les pièces qui nous restaient de la double carrière, scientifique et politique, du principal correspondant. Ils ne sauraient avoir d'autre ambition que de donner, par le pro-

cédé d’extension, une idée du genre de vie, des travaux et des relations des savants et des magistrats genevois du XVIIIe siècle.

Le premier chapitre de la deuxième série aborde franchement l’état politique et social, si différent du nôtre, de Genève dans la seconde moitié du même siècle. Nous avons ensuite profité du vide chronologique qui nous séparait des premières nouvelles de la Révolution, pour reconstituer nominalement et suivre jusque dans ses rapports les plus naïvement familiers, cette oligarchie genevoise, dont notre historiographie, assez

dure à son égard, ne connaissait que quelques sommités, tou-

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jours chaussées du cothurne officiel et affublées de la perruque magistrale. C’est donc ce chapitre qui tomberait plus spécialement sous le coup des critiques prévues plus haut; mais, toute considération précitée à part, il nous a encore paru utile

de faire connaître, d’abord dans leur position normale, tant

privée que publique, les personnages chargés ensuite de raconter et d'apprécier, en quelque sorte au jour le jour, les évênements dont ils furent les témoins et les victimes. On y trouvera, sur la vie et les tribulations des émigrés français, savoisiens, suisses et genevois, des données qu’on chercherait vainement aux sources historiques usuelles. Nous y avons ajouté, sur l’influence tout à fait extraordinaire attribuée aux écrits de notre concitoyen J.-J. Rousseau, puis sur les actes et le caractère du gouvernement genevois de l’époque, sur le régime des clubs et. les conflits des partis, sur les fêtes nationales ou révolution naires, ete., etc. les documents inédits qui nous ont paru devoir contribuer à l’exposition de l’état réel des choses et de la marche des événements. C’est surtout à l’étude consciencieuse que nous avons voulu faire de cette phase étrange, à toutes ses sources, quest dû le retard apporté à la publication de ce volume. Le tout constitue donc, pour la période révolutionnaire genevoise, une version nouvelle et, nous l’espérons, plus complète et plus impartiale que ses devancières, généralement trop écourtées ou trop empreintes de points de vue personnels et divergents. 1 Quant aux éloges que nous avons donnés, chemin faisant, à la classe qui durant trois siècles a présidé aux destinées de Grenève, contribué à sa gloire dans tous les sens et joué encore un rôle éminent dans la restauration de la vieille République, ils étaient d'autant mieux en place qu'ils ne pouvaient s’adresser qu’au passé. Confondre, comme on le fait souvent, dans le blâme ou dans les louanges, l’oligarchie genevoise des derniers siècles avec la classe qui la représente

aujourd’hui sous le rapport social, c’est se montrer aussi injuste

! Une exception très-honorable est due à l'Histoire de Genève racontée aux jeunes Genevois, de M. Jullien,

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