CHAPITRE II
que l’on avoit averti la veille M. l’abbé Arnaud afin qu’il allât voir les catholiques; j’ajoutois toutefois que je ne l’assurois pas; et M. le baron de la Bastie, qui étoit présent, dit : Ce que vous dites, Monsieur, est si peu vrai que je sais de bon lieu que M. l’abbé, au sortir des prisons, dit à M. le Résident : &« Nous devrions demander d'accompagner ces mal- € heureux au supplice, » et que M. le Résident lui répondit : « Bon, bon; quand l’on exécute des protestants en France, & va-t-on chercher des ministres ? » Mais lundi dernier les curés en parlèrent à leur conférence. M. le doyen ou l’archiprêtre d’Annemasse dit que lui et un autre étoient allés vers M. le premier syndic et vers M. le syndic de la garde, demander la permission d’aller confesser et accompagner ces malheureux, en offrant de ne pas paroître en (habits) ecclésiastiques, et qu’on le leur avoit refusé; que M. l’abbé en avoit écrit à M. l’évêque et eux aussi, en sorte qu’ils avoient pris la résolution d’inquiéter Messieurs de Grenève. Notre curé, tout bon semblant qu’il nous fait, me dit : € Puisque l’on est si dur à Genève, nous le serons tous dans nos paroisses ; votre maison ne sera pas inquiétée, mais les autres s’en ressentiront.» Leurs menaces ne me font pas peur; je sais me défendre, et j'ai le traité de Saint-Julien, qui est parlant. Mais voilà pourtant une inquiétude que M. l'abbé a élevée méchamment; je vous le dis afin que l’on voie clair comme le jour de quoi cet homme est capable. Il est certain que quelques-uns de ces curés chercheront chicane à quelqu'un, ce qui ne laisseroïit pas que de faire de la peine au Magnifique Conseil. Tout ce que j’ai l’honneur de vous marquer, c’est Monsieur notre curé qui me l’a dit, et cela d’un air piqué, quoiqu’il ait ajouté que pour nous, nous ne serions pas inquiétés; à cela je lui ai dit, en le remerciant, que si l’on cherchait à faire de la peine à mes concitoyens, je m'aiderois à les défendre. Il est fâcheux d’être exposé à tant parler avec ces
gens-là; c’est pourquoi je vous prie de me marquer ce que je dois répondre au cas qu’il me reparle de cela. Fils l'ont écrit à l’évêque, comme ils le disent, il leur donnera des ordres en conséquence. On les verra venir; à présent que je sais de quoi ils sont tous capables, je les attends.
Si ceci est babiole, je vous demande pardon de vous fatiguer à lire ce barbouillage et vous prie d’embrasser pour moi ma chère nièce et mes petites ratates que j'aime tendrement. M. Du Molin medit que je ne dois pas vous fatiguer pour cela, que c’est babiole, ete. Je ne pense pas pour cette fois comme lui. Il vous prie d’agréer, ainsi que ma chère nièce, ses trèshumbles compliments. Je vous rends mille grâces du livre que vous avez eu la bonté de lui envoyer. J’ai l'honneur d’être avec une parfaite considération et avec respect
Monsieur mon cher neveu, Votre très-humble et très-obéissante servante
M. DU MOLIN, née SALES. »
De M. Giraudeau, l'aîné, à M. le professeur J.-L. Calandrini, à Genève, — de Genève, le 11 avril 1750.
« Monsieur,
Bien que je n’aie l'honneur d’être connu de vous que par l'approbation que vous donnâtes à ma décision sur une consultation que M. Labat vous communiqua, jeme flatte, Monsieur, que vous voudrez bien permettre que je vous fasse mon compliment sur votre élection, et qu’en même temsje vous présente mes six cartes des comptoirs de l'Europe; faites-moi la grâce, Monsieur, de les agréer comme une faible marque du profond respect avec lequel j’ai l’honneur d’être, Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur
GIRAUDEAU, l’ainé. »