‹ D'un siecle à l'autreChapitre 52 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De François Tronchin, conseiller d'Etat en 1753, à Jean-Louis Calandrini, à propos de la mort de sa mère, Madame Calandrini-Du Pan, de Paris, 12 mai 1750.

€ Voilà, mon cher ami, comme la vie est un mélange de douceur et d’amertume : il n’y a que peu de jours que je me réjouissois avec vous de ce qu'après avoir pendant longtemps enrichi les lettres de vos lumières, vous aviez consenti à les rendre aussi utiles à Etat politique. Aujourd’hui j’ai à partager avec vous une perte que mon attachement tendre et inviolabie me fait sentir véritablement. La loy de la nature qui veut que nos père et mère la subissent avant nous est cependant moins dure lorsque les infirmités qu’un âge avancé traîne nécessairement à sa suite sont parvenues à leur rendre la vie pénible ; et je trouve qu’en même temps que c’est un bienfait de la Providence de nous conserver nos proches jusqu’à l’âge le plus caduc, c’est une marque de sa sagesse de nous faire trouver dans cette même caducité une puissante consolation contre la perte que nous en faisons. Assurez, je vous prie, votre chère moitié et Mesdemoiselles vos sœurs de l’intérêt sincère que je prends à tout ce qui les touche, et comptez, mon cher ami, sur l’amitié parfaite et invariable que je vous ai vouée.

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