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CHAPITRE II

noïient de terribles ombrages, et qui, par cette répréhension, ont prévenu et calmé des démarches plus fortes qui se préparoient. Les termes un peu piquans sont de mains plus jeunes. L’impression de la lettre vient uniquement d’eux. S'il avoit plu au M. C. de prendre en considération, selon l’ordre, la plainte du N. Cons., cela ne seroit point arrivé.

Cela a donné lieu à faire bien des réflexions sur les ouvrages mêmes de M. de V., et tous mes collègues ont jugé qu'il seroit indigne de nous de ne pas réfuter quantité de faussetés contraires à la Religion, et injurieuses à notre Eglise. C’est le désir de tout ce qu'il y a dans cette ville de gens attachés à la Religion, c’est un désir général du dehors. J’ai reçu là-dessus, et de Zurich et de Berne, et de M. Chaïs, et de M. Formey ,! et de Paris des lettres très-fortes. J’ai trouvé de la dernière indignité que l’on ait imprimé ici tant de sottises sans que nous les réfutions. Aïnsi quelques-uns de mes collégues et moi avons cru qu'il étoit de notre devoir de l’entreprendre, non par lettres anonymes, qui est une chose peu convenable, mais ouvertement, non par de petits morceaux, mais par un petit ouvrage où l’on fera un chapitre sur la religion des Hébreux, un sur l’établissement de la Religion chrétienne, un sur la Providence, et quelqu’autre encore sur d’autres matières et particulièrement un sur les deux chapitres de VEssai sur l’hist., qui sont intitulés Genève et Calvin et Calvin et Servet, que l’on peut démontrer être pleins de faussetés et de malice. On ne touchera point à ce dernier sujet qu'avec de grands ménagements et autant que lon verra qu’on peut donner des éclaircissements qui excusent les procédés, en convenant toujours de la mauvaise jurisprudence. Le malheur est que l’on a pris là-dessus de grands préjugés d’après M. de

1 Chartes Chais, pasteur genevois de l'Eglise wallone de La Haye, qu'il desservit pendant plus d’un demi-siècle, et homme de lettres distingué. —

J.-Samuel Formey, du Refuge français de Berlin, pasteur, puis professeur d’éloquence et de philosophie à l’Académie de cette ville, très-fécond écrivain.

la Roche, qui, en vérité, n’y a pas procédé équitablement. Je suis en état de le prouver sur deux points essentiels, un entre autres qui intéresse tout à fait l’honneur de notre Magistrat : Il parle d’une requête de Servet pour demander des habits et du linge, se disant attaqué de vermine ; et le Journal ajoute: Qui ne seroit touché de cette requête? et cependant il ne paroît pas que le Magistrat de Genève y ait fait la moindre attention. Fausseté toute pure, qui fait grand tort à l’équité et à la douceur de notre Magistrat. Je sais que le registre du Conseil porte que sur cette requête, il est ordonné de faire au prisonnier un habit neuf et du linge avec son argent. J’ai aussi de grands soupçons contre la prétendue lettre (à Viret), où l’on fait dire à Calvin: Faciam ut nunquam vivens abeat.Je fais sur cela des recherches à Paris et en Hollande, qui demandent du temps. N’est-il pas bien étonnant qu’on me refuse ici la communication du procès que cent personnes ont vu? On pourroit bien exiger que je le visse à la chancellerie et que je n’en fisse aucun usage qu'au sçu de quelque magistrat. Si cela même ne m'est pas accordé, vous pouvez bien juger de quel œil cela seroit regardé si c’étoit sçu.

La lettre du Journal helvétique ayant [paru] trop ae à quelques personnes et ne m’en ayant pas plu en tout, je pris les devants auprès de M. Chais, pour qu’elle ne fût pas insérée dans la Bibliothèque des Arts et des Sciences, et auprès de M. Formey, pour qu’elle ne fût point insérée dans la Bibliothèque germanique. Les libraires de celle-ci, qui sont à Amsterdam, m'écrivirent qu’ils feroient à ma considération ce que je souhaitois, mais que la pièce étant déjà imprimée (ce qu'ils justifioient par la première et dernière feuille qu’ils joignoient à leur lettre), ils ne le feroient qu’autant qu’on leur enverroit d’abord quelque chose d’équivalent sur le même sujet, parce que tout le monde le demandoit. Je leur envoyaiï donc le 24 aoust ce que vous. . . . ., qui est une critique

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