CHAPITRE IL
très-modérée d’un chapitre de M. de V., qui sera pour vous comme un échantillon de la facon dont nous traiterons les autres sujets dans l’ouvrage que nous préparons. Je lai fait voir .ici à plusieurs de nos collègues, et des plus modérés, comme MM. Sarasin, le jeune, de Waldkirch, Turrettini, professeurs, qui sont persuadés qu’en s’y prenant de cette façon, l’on fera . un ouvrage utile. Je crois aussi avoir montré des égards pour M. de V. et pour ses amis, que d’avoir substitué une pièce modérée à une pièce trop rude. Mais ils ne sentent point la douceur de ce procédé. Ils ne veulent pas qu’on touche les ouvrages de M. de V.; ils prennent là-dessus le ton haut. La liberté n’est que pour lui; il n’y en a point pour nous. Ils disent qu’on excitera la guerre, et c’est lui qui est l’agresseur; c’est lui qui, à notre barbe, nous dit des faussetés injurieuses, et cela dans l’ouvrage du monde qui sera le plus lu; et si nous nous défendons modestement, c’est nous qui avons tort! Eh! dans quel pays sommes-nous donc? Que diroient nos pères, s’ils voyoient cette étrange jurisprudence qui fait sacrifier de grandes considérations à de très-petites ? Que dira notre bonne bourgeoisie si les sentiments de ces Messieurs-là prévaloient sur ceux qui nous gouvernent ? Mais ils sont trop religieux, trop sages, pour ne pas voir que cela formeroit un grief capable d’aliéner et de mécontenter une infinité d’honnêtes gens, et qu'il ne leur convient pas moins qu’à nous de se montrer défenseurs de la Religion.
Je ne serois point fâché que vous montriez et cette lettre et la pièce qui y est jointe, à vos amis et à qui il vous plaira de nos bons magistrats. Comme je vais passer neuf jours en campagne, vous aurez la bonté de remettre mon paquet à M. le pasteur Lullin, que je seroïis bien aise qui le lise. J’ai l’honneur d’être, avec respect,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur J. VERNET, »
Du même à M. le conseiller de Chapeaurouge, secrétaire d'Etat, à la maison de ville, de Genève, le 14 septembre
« Monsieur,
Je suis fâché que vous ayez porté jusqu’au magnifique Conseil mon désir de voir ce procès criminel, parce que cela rend le refus plus marqué et de plus grande conséquence s’il étoit sçu. Il a été copié en 1716 par M. de la Roche, étranger, malin, qui en publia de longs extraits dans sa Biïb. Angloise et cela d’une facon qui a formé dans le public des préjugés auxquels on s'arrête, et qu'un nouvel auteur, à nos portes, dont le livre courra partout, à chargé et envenimé par de nouvelles faussetés, comme on peut le prouver clairement. M. de la Roche, entre autres, tire comme de la procédure même, deux faussetés très-injurieuses, l’une à notre Magistrat, l’autre à Calvin. C’est pour défendre ces deux mauvaises conclusions qu’il tire mal à propos de la procédure que je souhaiterois de la voir. Si l’on ne trouve pas bon que la pièce sorte de son lieu, on pourroit me permettre de la voir sous vos yeux à la Chancellerie, et demander que l’usage que j’en ferois fût communiqué à quelqu'un de Messieurs du Conseil. Mais puisque ces voyes me sont fermées, oserois-je, Monsieur, [ vous prier] de voir vous-même dans cette procédure trois points; cela me suffira.
« 1° Dès le 1” interrogatoire du 14 août 1553, La Fon- € laine, accusateur de Servet, ! produisit contre lui, à ce que dit « M. de la Roche, un manuscrit et un livre imprimé. Le pri- « sonnier confessa qu'il étoit l’auteur de ces deux ouvrages et
1 Personnellement, ce Nicolas de la Fontaine, ancien cuisinier de Jacques de Bourgogne, n'avait rien à démêler avec le savant universel Michel Servet. Mais comme les lois genevoises voulaient que l’accusateur entrât en prison en même temps que l'accusé, et qu'il y restât jusqu'à ce que l'accusation fût justifiée, Calvin avait tourné la difficulté au moyen de ce comparse, qui était alors
à son service et qui fut ensuite reçu à la bourgeoisie «eu égard au service qu'il a fait à M. Calvin, »