CHAPITRE III
DE 1766 A rIN 1799
Constitution, magistrature, hiérarchie sociale, aristocratie et société genevoise au À VITE siècle. — Sociétés du Dimanche, parentés. — Principaux correspondants et destinataires de cette série. — Bains de Schinanach en 1774. Fêtes militaires. Révolution genevoise de 1782. G.-L. Le Sage et sa ponctuation. J.-P. Marat et sa famille. Troubles de 1789. Nouvelles de la révolution française. Bains d’ Aix en Savoie. Première émigration, 1789. Refuge français à Genève et au Pays de Vaud. L'abbé Le Duc. La duchesse de Liancourt. Le ministre d'Elat Necker et sa famille, ete. Affaires de Lyon, 1790. — Nouvelles du 10 août ; le régiment de Chäteauvieux. La colonie genevoise de Constance. Siége de (Grenève par le général de Montesquiou; émigration savoisienne; secours suisses ; premiers bonnets rouges; révolution de
décembre 1792.
Le ton et le caractère des correspondances précédentes et de celles qui vont suivre immédiatement ne sont certes pas de nature à donner la moindre inquiétude sur l’état politique et social de Grenève au XVIII siècle. Qu'on ne s’y trompe pas cependant ! Ce même siècle, qui à lui seul a produit plus de Grenevois distingués en tous genres que tous les autres ensemble, est aussi et de beaucoup le plus tourmenté dans les fastes de la
petite République, qui, avec une constitution jadis très-démocratique en droit, était devenue graduellement, sans changements bien apparents, une oligarchie des plus aristocratiques en fait. Les plaintes, les protestations, les émeutes, les prises d’armes, les combats de rue,— les répressions parfois sanglantes, les médiations et les interventions armées des puissances voisines, les proscriptions, au besoin les supplices, etce., — toutes ces alternatives d’opposition et de réaction s’y succédaient presque sans relâche et sans changer essentiellement la situation. De nos jours pareil état de choses ne saurait durer un an, où que ce fût; à Grenève, chez le peuple le plus remuant de l’Europe, il a duré un siècle, et ce siècle, nous le répétons, est à beaucoup d’égards le plus brillant de ses annales; ! cette agitation perpétuelle semble donc avoir plutôt activé qu’entravé le développement intellectuel et matériel de notre pays. Il est vrai que l’on discutait sérieusement et à fond de part et d’autre les objets en litige. Il est encore vrai que si, d’une part, il y avait alors dans les manifestations populaires plus de respect pour les principes et pour les formes que ce ne fut le cas plus tard, il y avait aussi, d’autre part, dans l'attitude de la magistrature et de ses partisans une énergie de conviction et une sérénité autoritaire dont le conservatisme doctrinaire et bourgeois de notre siècle a perdu la tradition.
Des publicistes éminents ont prétendu que l’étude des troubles politiques de Genève au XVIII siècle était la meilleure préparation à l’étude de la Révolution française, et cette assertion semble confirmée par l'influence qu’un certain nombre
1 Dans ce XVIII siècle, commencé par les différends qui aboutirent à l'exécution de P. Fatio et de Lemaitre, en 1707, il n’y eut réellement que deux périodes relativement tranquilles : celle de vingt et quelques années qui suivit la pacification, en 1738, des troubles sanglants dans lesquels les étudiants de l'Académie et les ecclésiastiques mêmes avaient pris les armes pour le gouvernement; pacification due surtout à l'intervention bienveïllante de la France; — etles huit ans qui succédèrent aux troubles à peu près semblables de