CHAPITRE III
de Grenevois ont pu exercer sur ce grand événement, directement ou indirectement, de près ou de loin, et en sens divers par leurs écrits, leurs paroles ou leurs actes, tels que Jean- Jacques Rousseau, Delolme, Necker, M" de Staël, D? Yvernois, Mallet-Du Pan, Jacques Grenus, Clavière, Etienne Dumont, Du Roveray, Reybaz et autres, sans oublier Marat, & l'ami du peuple. » ! Cependant, alors même qu’on oublierait l’antériorité de la Révolution anglaise du XVII® siècle, nous croyons la différence entre les événements genevois et ceux de France encore assez grande pour laisser à chaque pays, sous ce rapport, son caractère distinct. Il est à croire que les querelles d'intérieur du petit ménage genevois auraient pu durer longtemps encore sansle souffle niveleur venu de France, et qui fit de la « Terreur » révolutionnaire genevoise une triste imitation de celle de Paris, maïs dont la brièveté même annonçait une importation de l'étranger, sans autre solidarité avec les antécédents indigènes, que celle qui relie épidémiquement, plus ou moins, toutes les manifestations de cette nature.
Mais nous n’en sommes pas encore là, et avant d'y arriver nous allons introduire le lecteur dans un monde qui nous servira ensuite de reporter, au beau milieu du parti ou plutôt du groupe de familles qui se partageaient, avec les principales charges, tous les pouvoirs essentiels de l'Etat, dont il convient également de dire quelques mots.
On sait que ces avantages n’étaient point chez nous, comme dans d’autres républiques, l’apanage héréditaire d’une caste privilégiée, mais le résultat des efforts soutenus d’une classe de gens cultivés, élevés avec cette perspective envisagée à la
fois comme le plus grand honneur et comme le premier
1 On verra dans ce chapitre qu’il était plus genevois qu'on ne le fait ordinairement.
devoir. S'il nous était permis d’appliquer ici l’un des termes les plus goûtés des naturalistes modernes, nous dirions que la magistrature et l’aristocratie genevoises, qui alors ne faisaient qu’un, étaient des institutions formées, non par élection, mais par sélection.
Comme l'autorité exécutive (Conseil d'Etat) était inamovible et cumulait tous les pouvoirs de la hauteadministration et de l’ordre judiciaire, l’étude du droit était alors considérée comme le complément indispensable de l'éducation patricienne. La plupart des syndics etdes conseillers d’Etatavaient été reçus avocats, et bon nombre y joignaient le titre académique de docteur en droit. À quelques exceptions près, motivées par une haute réputation militaire ou scientifique, ils avaient dû passer par la filière desoffices judiciairesinférieurs de Châtelain, Juge de St- Victor et Chapitre, Auditeurs, Procureur général, Secrétaire de la justice, ete.,et simultanément occuper leur siége au Conseil législatif des Deux Cents, puis à celui, plutôt diplomatique, des Soixante. Ceux qui avaient traversé honorablement ce stage à la fois politique et judiciaire étaient assurés d’arriver à leur tour au € Magnifique Conseil d'Etat, » dit aussi des Vingt-cing ou Petit Conseil, sénat inamovible, où devenaient nobles ceux qui ne l’étaient pas déjà, et dans lequel les citoyens et les bourgeois choisissaient périodiquement le Secrétaire d’ Etat, le Trésorier général, enfin les quatre Syndics et le Lieutenant de la Justice, successeur de l’ancien vidomne épiscopal ; magistratures suprêmes, auxquelles on n’était pas immédiatement rééligible, mais qui, vu le très-petit nombre de candidats disponibles, réduit encore par le droit de présentation du Conseil Etroit, retournaient périodiquement aux mêmes magistrats, dont la mort seule ouvrait la porte à de nouveaux aspirants., Ajoutons que dans son ensemble et plus spécialement dans la personne de ses chefs, le Gouvernement
genevois était qualifié de Seigneurie, soit parce qu’il avait suc-
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