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CHAPITRE III

cédé à un prince souverain, l’ancien prince-évêque, prince de l’Empire, etc., soit comme seigneur féodal direct du territoire rural de la République.

Tel était le Gouvernement genevois jusqu’à la Révolution de 1792-93. Les familles qui le possédaient étaient encore aidées dans cette possession par le système d’emboîtement et de recrutement réciproques des trois Conseils, celui des XX V faisant nécessairement partie du Conseil des LX, qui à son tour entrait dans la composition du Conseil des CO, dont il

absorbait tous les membres revêtus de l’une de ces magistra-

tures qui formaient autant d'étapes pour parvenir au Conseil d'Etat ; — puis par l'échelle hiérarchique qui, en dehors des fonctions publiques, divisait la population entière en autant de couches sociales et politiques superposées : au sommet les Citoyens, qui formaient à peine un sixième de la population urbaine, jouissant seuls de tous les droits civils et politiques, et par conséquent seuls éligibles aux offices quelque peu importants ; — puis les Bourgeois, que les difficultés pécuniaires et autres d'admission à la bourgeoisie rendaient bien moins nombreux encore, et qui d’ailleurs, en fait de fonctions publiques,

ne pouvaient pas dépasser le Conseil des CC ; 1 — puis vepaient les Natifs, fils ou-descendants d'habitants ; — les Æabitants, soit les étrangers admis à l’habitation ; — enfin les

simples Domiciliés, candidats à l’habitation, qui était donc elle-même une sorte de bourgeoisie de premier degré, assez coûteuse d’ailleurs. Les droits de ces dernières catégories, qui formaient l’immense majorité de la population de la ville, se

1 Les Bourgeois étaient les natifs ou les habitants étrangers reçus à la bourgeoisie, dont le prix était alors inabordable aux petites bourses. La qualité de citoyen n’était acquise qu’à la seconde génération de bourgeoisie. Il fallait être né et résider en ville pour acquérir et conserver la citoyenneté, à moins cependant qu’on ne fût absent pour service de l'Etat. C’est pour cela que la citoyenneté n'avait pas d’abord été étendue au quartier trans-Rhodan de Saint-Gervais, situé en dehors de l'enceinte fortifiée dela Cité proprement dite.

bornaient à quelques facilités industrielles et commerciales qui les mettaient à peu près sur le même pied que les Sujets des paroisses rurales. Le Conseil général, soit le Corps électoral, qui était ou qui aurait dû être le véritable souverain, ne se composait que des citoyens et des bourgeois. Encore n’y étaient-ils admis qu’à l’âge de vingt-cinq ans. Jusqu'à cette majorité civile et politique, la puissance paternelle à la romaine déployait tous ses effets. On loue traditionnellement encore la tenue solennelle et imposante de ces anciens Conseils généraux, où les électeurs, disposés comme pour une procession religieuse, défilaient gravement, le chapeau sous le bras, l'épée au côté, coiffés avec soin, parés de leurs plus beaux habits, ete., ete. Mais il ne faut pas perdre de vue que le corps électoral et souverain tout entier était lui-même une minorité privilégiée, dont les membres les plus démocratiques ou les moins fortunés étaient cependant de véritables aristocrates relativement à la majorité des Natifs, des Habitants et des Sujets.

Enfin le patriciat gouvernemental était encore maintenu par l’extrême modicité des honoraires payés pour des fonctions en réalité très-laborieuses, exigeant des connaissances spéciales, et incompatibles avec les carrières commerciales ou industrielles ; par la possession de la plupart des seigneuries, fiefs nobles et domaines notables du territoire genevois et des contrées voisines ; par les grades, honneurs et autres distinctions gagnées par les cadets dans les carrières civiles, diplomatiques ou militaires de l’étranger, ou simplement par la réputation acquise à l’Académie ou dans l'Eglise genevoises ; — nombreux et brillant état-major, qui entourait le Sénat d’un prestige solide et réel, De fait, l'aristocratie consulaire se composait bien des familles les plus anciennes du pays et des meilleures que les Refuges italien et français y avaient ajoutées, — et la plupart d’entre elles avaient eu l’occasion de faire reconnaître leur

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