CHAPITRE III
recueil des portraits, encore existants, des signataires et de leurs proches, il en serait résulté en fait de magistrats, de militaires de tous grades, de toutes armes et à tous les services, et surtout en têtes de femmes, rehaussées des modes coquettes de l’époque, une collection qui en types de grâces, d'élégance et de beauté, rivaliserait avantageusement avec tout ce qu’on pourrait rassembler de mieux dans les mêmes conditions de parenté contemporaine. Quelques mots sufhiront pour expliquer, à mesure qu’ils entreront en scène, ces mêmes personnages, dont la plupart n’ont du reste, pour le lecteur, d’autre importance que de concourir à tracer, en témoins directs et souvent en victimes, le tableau de l’une des époques à la fois les plus critiques et les moins connues de la vie genevoise, prise tant à Grenève même qu’à l’étranger. C’est précisément parce que l’importance est ici tout entière dans les faits et non pas, comme dans la série précédente et les suivantes, dans le plus ou moins de célébrité des correspondants, que nous sommes obligé d’entrer dans ces détails de famille et de société, qui eussent rappelé tant de souvenirs à la génération d’il y a cinquante ans. Mais c’est aussi pour cela que nous ne pouvons nous dispenser de dire quelques mots des parents et amis auxquels ces lettres étaient adressées.
La famille Galife, possessionnée encore au XV”* siècle en Savoie, où l’un de ses ascendants, bien connu des déchiffreurs de chartes, Jacques G., 1 avait été conseiller et secrétaire
ont été remplacées peu à peu, selon la progression naturelle des choses, par des familles citoyennes et par des familles de la bourgeoisie, avancées depuis la Restauration, et surtout depuis 1830 ; cette progression régulière, basée sur la participation aux affaires publiques, ou sur la distinction personnelle, est arrêtée ou plutôt fourvoyée depuis notre révolution de 1846, qui sous ce rapport a profité non pas à ses fauteurs, qui ne s’en souciaient nullement, mais à des familles nouvelles dont les intérêts et les poursuites n’ont pas la même solidarité traditionnelle avec le passé.
1 C’est très-évidemment le même dont les généalogies des comtes et marquis de Galliffet, Au Dauphiné et de la Provence, font en 1428 un « comman-
d'Etat des ducs Amédée VIIT (ensuite l’antipape Félix V), et Louis I°, était venue vers la fin du même siècle s’établir à Genève, où ses circonstances lui avaient permis de se vouer de bonne heure et de père en fils à la haute magistrature. Le conseiller d'Etat Barthélemy G., qui représentait cette famille dans la seconde moitié du siècle dernier, était fils du syndic (puis lieutenant de justice) Jean G., né Galiffe-de la Rive, l’un des magistrats les plus généralement aïmés et appréciés du XVIII siècle, à ce point que plus de dix ans après sa mort, on publia derechef, avec préface, notes et commentaires, son € Eloge » et quelques-uns de ses discours d’office, en manière d'exemple, pour ne pas dire de leçon indirecte à ses successeurs dans les mêmes charges. ! — Son fils, après avoir
dant du château de Voyron, sous Mathieu de Foix, gouverneur du Dauphiné. » Car en lui donnant pour père «Jean de Galliffet, damoiseau, seigneur de la Galliffetière (?) dans cette province et de Savoiroux en Genevois, » elles ajoutent « que la seigneurie dauphinoise devint l'apanage du fils cadet du dit Jacques, Pierre de Galliffet, tige de la famille française de ce nom, — tandis que l’aîné, Amédée de G., eut pour sa part le domaine de Savoyroux, pour lequel il aurait rendu hommage au duc de Savoie en 1465 » (Borel d'Hauterive, Annuaire de la noblesse de France, année 1851); or, parmi leurs parchemins de famille, les Galiffe de Genève ont conservé l’acte original du contrat de mariage de «noble Amédée Galiffe avec noble Hugonine de Jutigninge (assistée entre autres de son frère Jean de J., chancelier du Faucigny, etc.), acte passé le 9 avril 1467 (Pierre Jacquemart, notaire) à Savoyroux, près Rumilly en Albanais, résidence et propriété de l'époux, sur laquelle la dot de l'épouse est hypothéquée.» Mais il résulte aussi de ce document, ainsi que des centaines de chartes signées par le secrétaire ducal Jaques G., et même déjà des actes d'hommage du XIV® siècle de cette famille (Inventaire des archives des Dauphins du Vienmois, etc., en 1346, publié par l'abbé Chevalier), que c’est bien la branche genevoise qui a conservé la véritable orthographe du nom, — et que let final de la branche française n’est probablement qu'une concession inconsciente à la prononciation des provinces où cette famille alla s'établir au XVIe siècle. Il est vrai qu'il y avait plus récemment encore des Galliffet en Maurienne (Grillet, Dict. hist., TITI, 13). On ne songeait pas non plus alors à faire précéder de la particule un nom patronymique. Le fief de Savoyroux, dont il est déjà question dans la confirmation des franchises de Rumilly par les comtes souverains du Genevois, en 1383, fut beaucoup plus tard érigé en comté en faveur de la famille Bracoran, qui en a pris le nom.
\ Eloge de Monsieur Jean Galiffe, noble seigneur syndic de la Ville et République de Genève, publié dans l’Aristide ou le Citoyen et en édition séparée,