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CHAPITRE III

suivi avec distinction la série des magistratures judiciaires indiquées plus haut, entra en 1775 à son tour au Conseil d'Etat, où les suffrages de ses concitoyens l’appelèrent à diverses reprises aux fonctions de trésorier général de la République. Il serait également parvenu au syndicat, pour lequel le Conseil le présenta deux fois, sans l’opposition de la bourgeoisie, qui redoutait en lui, surtout depuis les ‘graves troubles civils de 1782, l’un des chefs les plus inflexibles du parti aristocratique dit des Mégatifs. ! — Doué d’un esprit juste et pénétrant, fort peu enclin aux illusions dont tant d’autres se berçaient alors, il fut du très-petit nombre de ceux qui virent longtemps et clairement d’avance la catastrophe vers laquelle la société était entraînée à son insu. Incapable de transiger avec ses principes très-arrêtés, il quitta en 1790 le Conseil d'Etat dont il n’approuvait plus la marche, après avoir vendu son domaine de Châtelaine (depuis campagne Cayla) pour en acquérir un autre à Préverenges, près Morges? au pays de Vaud, alors sur terres de Berne, où il ouvrit généreusement, comme il l’avait déjà fait à Genève, un asile pour les victimes des événements qu’il n’avait que trop bien prévus. Il en supporta lui-même les conséquences, désastreuses pour sa famille, avec une résignation stoïque, dont l’apparente sérénité fut soumise jusqu’à sa mort (1816) aux épreuves les Genève, 1766; avec ses Discours, Genève, 1777. Non-seulement sa famille ne fut pour rien dans ces publications, mais on a lieu de croire que, surtout en 1777, les éditeurs n’excluaient nullement son propre fils du nombre des magistrats auxquels cet exemple du type d’un magistrat républicain pourrait profiter. Les écrivains démocrates Bérenger et J. Grenus eux-mêmes lui ont rendu justice.

1 Ainsi nommé du droit que le Conseil d'Etat prétendait avoir de répondre négativement aux représentations des citoyens, sans les porter au Conseil général. Ce parti était opposé à celui des Représentants.

2 « Acquis en faveur de noble et généreux Barthélemy Galiffe, bourgeois et ancien seigneur conseiller d'Etat et trésorier général de la Ville et République de Genève, et de dame Marie Nawille, son épouse, fait de Monsieur Jaques-

François Muret, bourgeois et conseiller de la ville de Morges, le 5 février 1791, à Morges, E. Monod, notaire. »

plus pénibles. Il fut aussi du très-petit nombre de « ci-devants » dépouillés, ruinés et condamnés par la Révolution, qui, au lieu de se déclarer insolvables, comme tant d’autres, sacrifièrent librement jusqu’au plus strict nécessaire pour faire honneur à leurs engagements. Il aurait recouvré une aisance relative si ses nombreux obligés et débiteurs, dont plusieurs ont laissé des millions, avaient usé de la même probité à son égard. Dans le nombre il y en avait d’ailleurs qui n'auraient pas pu plaider la force majeure des événements.

Entièrement semblable sur ce point délicat comme en libéralité, mais très-différente sous d’autres rapports, était sa compagne, Marie Naville-de Thellusson, l'une des nombreuses petites-filles de messire Isaac de Thellusson (ministre de la République à Paris) et sœur du syndic Isaac-Louis Naville- Rilliet. Il est des femmes privilégiées qui réunissent dans une si heureuse mesure tous les charmes du cœur, de l'esprit et de la figure que, dans quelque position qu’elles se trouvent, elles provoquent partout autour d’elles et à première vue, commeun culte d’affection, de tendre respect et d'intérêt sympathique. C'était à un degré éminent le cas de Madame Galiffe-Naville. Ses amies de société la traitaient de sœur, » leurs mères de « fille, » leurs filles de «maman, » ou plutôt de « petite-maman,» à cause de sa taille légèrement au-dessous de la moyenne, que couronnait une tête d’une rare beauté. Elle était toujours la première confidente de leurs joies et de leurs peines, celle dont les bons conseils, le tact exquis et les services affectueux étaient invoqués de préférence dans toutes les difficultés. Les pasteurs, les dizeniers même, recouraient souvent à son pieux dévouement pour les charités et les démarches qui exigeaient un certain courage ou une mesure et une discrétion exceptionnelles. Aucune peine, aucune considération sociale ne l’arrêtait. Elle ne pensait pas qu’il y eût nécessairement une catégorie offi-

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