‹ D'un siecle à l'autreChapitre 78 sur 253 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

cielle en quelque sorte de pauvres, plus particulièrement « intéressants» que d’autres ; toutes les infortunes avaient un droit égal à ses sympathies. Encore moins pensait-elle que de grands dévouements pussent dispenser des petites attentions, que personne ne savait rendre de meilleure grâce. Que de fois on la vit quitter les réunions les plus brillantes pour voler auprès d’une famille, quelle qu’elle fût, frappée par quelque calamité subite. Que de fois aussi on la trouvait auprès de ces chevets, somptueux ou misérables, où il ne reste d’autre ressource que la patience et la résignation, se plaisant à distraire, à rasséréner, à consoler, à élever par son entretien, ses lectures, ses chants même, auxquels une voix d’une douceur angélique prêtait un charme irrésistible. — Après avoir été au sein de l’opulence et des honneurs l’un des plus charmants ornements de la société genevoise, alors très-brillante, elle resta, dans l'exil et la gêne, la providence des familles d’émigrés français, savoyards et genevois, et fut constamment, même lorsqu'elle manquait presque du nécessaire, l’amie discrète, vaillante et généreuse de tous les malheureux, qu’elle savait découvrir dans toutes les classes de la société. Assez d’autres témoignages, et des plus variés, montreront que ces éloges n’ont rien d’exagéré. On les trouve, pour ainsi dire, dans toute lettre qui lui est adressée ou qui parle d’elle.

Son frère unique, Zsaac-Louis Naville, grand ami du poète Florian et du publiciste Mallet-Du Pan, était sans contredit l’un des magistrats les plus distingués de l’ancienne République, dont il fut l’un des quatre derniers syndics surpris par la Révolution. Ses lettres sont remarquablement bien écrites, quoique toujours pressées ; on y jugera de son esprit prompt, lucide, dont la vivacité expansive contrastait avecle caractère non moins ferme, mais plus contenu de son beau-frère. Il avait épousé une fille du premier syndic Æilliet-Ferrier, sœur de Messieurs Rüilliet-Necker et Rilliet-Huber, de la branche

encore vivante de cette famille; et ce mariage, renforcé d’une alliance Thellusson-Rilliet, avait rendu plus intimes encore les relations de parenté qui existaiententre les deux maisons depuis le mariage du syndic J. Galiffe avec une Rilliet de la génération précédente. Aussi est-ce surtout de la famille Rilliet, notamment de M"° Rilliet-Necker de Germany et de ses filles, de M" Naville et de sa sœur Catherine (soït Cathon) Rülliet, que nous viendront les renseignements sur les révolutions française et genevoise et leurs suites. Comme ces dames, grâces à l’exiguïté de l’ancien territoire genevois, qu’elles ne quittèrent d’ailleurs qu’au commencement de 1794, habitaient sans danger presque aux portes de Genève, où elles avaient des correspondants de toute sûreté, on peut se fier à leurs détails sur cette ville, qu’il faut distinguer de ceux d’intérêt plus général qu’elles tenaient de leurs amis de Paris, notamment du ministre d'Etat Necker et de son frère de Germany, ou des émigrés français au milieu desquels elles vivaient sur territoire de Berne. Nous aurons d’ailleurs soit de Genève, soit de l’étranger des correspondances encore plus directes.

Enfin, pour simplifier d'avance les explications que nous aurons à compléter chemin faisant, nous ajouterons que les enfants Galiffe-Naville étaient au nombre de cinq, trois fils et deux filles. L’aîné, Jean-Pierre G., d’abord officier au régiment suisse de Châteauvieux (France), puis, après la Révolution, capitaine aux hussards rouges de Timmerman, et aide de camp des princes d'Orange (Pays-Bas), passa, après la conquête de la Hollande par les Français, au service de la Grande- Bretagne, où il fut en dernier lieu lieutenant-colonel au 60° régiment, soit du duc d’York; en cette qualité il commanda, pendant la guerre de la péninsule hispanique, les troupes d'avant-garde dela division Picton (la fameuse Fighting Division); il fut enfin commandant militaire dans les colonies anglaises, De tous les officiers genevois au service étran-

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