CHAPITRE III
ger, c’est peut-être celui qui a assisté au plus grand nombre de batailles, de siéges, d’assauts et de faits d’armes de toute sorte. — Le troisième fils, Charles-François G., officier au service de Prusse, puis enlevé à ce service, à cause de sa nationalité, par les conséquences des batailles d’Iéna et d’Auersted, où il fut fait prisonnier, passa forcément en quelque sorte à celui de France et mourut, jeune encore, capitaine au service de Naples. Sa carrière, beaucoup plus courte et plus ingrate, ne fut guère moins accidentée que celle de son frère aîné. Aujourd’hui que les guerres les plus formidables sont expédiées en quelques mois, on a peine à se faire une juste idée de ce qu'était la carrière militaire des hommes engagés sans répit dans la lutte d’un quart de siècle entre la France révolutionnaire et impériale et les autres puissances. — Le second fils, James-Augustin G., destiné à la magistrature ou à la diplomatie, maïs arraché à ses études par la Révolution, n’eut alors d’autre alternative que de se jeter dans le commerce, qu'il ne put jamais envisager que comme un provisoire forcé. Assuré bientôt d'obtenir dans les premières maisons de banque un emploi proportionné à ses talents et à ses connaissances, il profita de ces avantages pour visiter tous les Etats de l’Europe, dont il sut s'approprier les langues avec une rare facilité, tout en continuant ses études scientifiques. Dans cette modeste position, nous le verrons se lier intimement et pour la vie avec les personnages les plus haut placés et les plus distingués de tous pays et dans tous les genres ; car il n’est guère de partie des arts et des sciences dans laquelle il n’eût marqué lui-même, s’il avait eu le temps de s’y adonner, et ce ne fut qu'’assez tard qu'il trouva celui de se consacrer plus spécialement à l’histoire, surtout à celle de son pays, qu’il jugeait devoir être refaite en entier, d’un bout à l’autre. C’est principalement à lui que sont adressées les lettres les plus intéressantes de la seconde partie de ce recueil, — Des
deux demoiselles Galiffe-Naville, l’aînée Anna, resta de choix célibataire auprès de ses parents. La cadette, Jeanne-Louise- Andrienne, épousa le baron C.-G. de Rochette de Salagine, officier au service du roi de Sardaigne, neveu de son premier ministre, comte dHauteville, et descendant du fameux président de Rochette, qui négocia et conclut en 1603 la paix avec Genève, le même dont il est question dans nos chansons populaires de l’Escalade de 1602.
En voilà assez pour éclairer cette nouvelle série ; le premier chapitre nous conduira jusqu’à la révolution genevoise du 28 décembre 1792, précédée de l’envahissement de la Savoie et de l’épisode du siége de Grenève par l’armée française dite des Alpes, sous les ordres du général de Montesquiou, — dont les projets brissotins sur cette ville furent prévenus par l’arrivée par le lac dans nos murs des troupes suisses, sous le commandement du colonel de Watteville,! baïlli de Cerlier,
1 Dans ses Mémoires posthumes, publiés en 1848 par son gendre, l’ancien avoyer de Tavel, le colonel de Roverea, officier dans les troupes suisses envoyées à Genève en 1792, prétend « que sans ce secours, la ville se serait rendue à la première sommation, que déjà les routes tendant au pays de Vaud étaient couvertes de fuyards de tout âge, et que les Genevois restés chez eux témoignèrent une reconnaissance très-modérée aux alliés qui leur apportaient la perspective d’un siége en règle, etc., ete.» Ces appréciations rétrospectives, formées à travers les événements postérieurs, sont complétement fausses, ou fondées sur des confusions et des malentendus faciles à expliquer. Sans doute, une ville populeuse qui se croit à la veille d’être attaquée par des forces supérieures, ne saurait prétendre conserver dans ses murs toutes les bouches inutiles. Mais M. de Roverea confond cette prétendue émigration « d’une ville abandonnée par les siens» avec la fuite des nombreux émigrés français déjà établis à Genève, et surtout avec l’'émigration nouvelle des familles françaises ou savoisiennes qui fuyaient devant l’armée d'occupation entrée en Savoie par le Midi, sous les ordres du général de Montesquiou, et dont l'avant-garde avait déjà atteint Carouge (Gaudy, Promenades historiques dans le canton de Genève, I, p. 124-125). Si M. de Roverea, qui s'était embarqué pour Genève à la hauteur de Morges avec les troupes suisses, avait pu voir de plus près « ces routes couvertes de monde, » il y aurait remarqué, outre les Français et les Savoyards fuyant l’invasion révolutionnaire, le courant en sens inverse des Genevois accourus de toute part pour s’enfermer dans Genève et la défendre, plusieurs même avec leurs familles, et cela avant qu’ils eussent la certitude d’être