‹ D'un siecle à l'autreChapitre 80 sur 253 · CHAPITRE LIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIT

tandis que d’autres troupes s’échelonnaient dans la partie méridionsle du pays de Vaud. Nous reviendrons sur ces événements dans l’introduction au chapitre suivant ; mais il ne faut pas perdre de vue qu’ils sont compris dans celui-ci, et que jusqu’en décembre 1792, le gouvernement aristocratique avait réussi à faire face à toutes les émeutes et révolutions locales, — sauf à celle d'avril 1782, où il fut réinstallé par l'intervention armée de la France, de la Sardaigne et de l'Etat de Berne.

Le lecteur, et surtout le lecteur non genevois, trouvera sans doute les premières lettres de cette série beaucoup trop insignifiantes par leur intimité même; aussi ne saurions-nous assez répéter qu’il ne faut les considérer que dans leur ensemble, comme étude de mœurs et couleur locale d’il y a cent ans, même pour les événements les plus ordinaires de la vie de famille ; puis aussi comme préparation aux événements d’intérêt plus général qui se dérouleront entre les mêmes correspondants, par conséquent aussi comme garantie de leur véracité; il entrait d’ailleurs dans notre plan d'éviter toute lacune. Assez tôt les événements viendront lacérer ce petit tableau de l’ancienne société genevoise et en disperser les fragments à tous les vents pendant un quart de siècle. Peut-

secourus par leurs alliés suisses, bien que ces secours fussent dus en vertu de traités auxquels pour sa part Genève n’avait jamais manqué ; les femmes même ne songèrent pas à quitter la ville menacée. Enfin, dans Genève même, M. de Roverea aurait pu mieux distinguer le parti français, qui par tous les moyens cherchait à semer le découragement et la discorde dans le peuple, — et les défenseurs de la majorité fidèle, bien décidée à repousser l'agression au prix, de tous les sacrifices (Grenus, Frag. biogr. et hist., p. 418-424). Dans ces conjonctures, la conduite du Gouvernement et de ses partisans, fut d'autant plus patriotique qu'aucune diversion n'aurait pu alors être plus favorable à ses intérêts. Sans doute, il est difficile de dire ce qui fût arrivé si Genève avait réellement été attaquée. Mais (sans parler de l'influence qu’exerça $. Reybaz à Paris, sur l’esprit du ministre Clavière dont il parvint alors à désarmer la rancune), si la prompte arrivée des Suisses put détourner l'invasion, ce fut probablement à leur départ que nous dûmes d’être épargnés. Ce dénoûment neñfit cependant qu'accélérer la chute du Gouvernement, dont l'autorité avait été momentanément fortifiée par le danger commun.

être n’y a-t-il jamais eu de transition plus brusque ou plutôt de contraste plus heurté entre deux périodes consécutives, et cela non-seulement entre les représentants, mais aussi entre les choses et les idées de l’une à l’autre: car si, d’une part, nos raffinements modernes ne sont que maquillage et faux clinquant comparés à l'élégance native de nos bisaïeux, d’autre part les révolutions de notre siècle n’ont été jusqu'ici, comme gravité et durée, que des jeux d’enfants relativement au grand cataclysme politique et social de la fin du XVIII. Aucune époque, par conséquent, n’est comparable à celle-là comme épreuve ou pierre de touche pour la trempe et la valeur morale des caractères. On a quelque peine à se représenter la société actuelle aux prises avec de pareils événements ; en tout cas ne saurait-il lui être indifférent d'apprendre à mieux connaître celle qui les à si vaillamment supportés, d'autant plus que c’est la même génération qui eut ensuite la plus grande part à la restauration de notre vieille République. Nous savons bien qu’on accuse volontiers les classes supérieures de ces temps-là de frivolité, d’insouciance, d’irréligion même. Nous verrons qu’à Grenève au moins elles savaient être très-sincèrement religieuses sans éprouver le moindre besoin de discuter les dogmes et l’organisation des Eglises, moins encore de tourmenter ceux qui ne pensaient pas comme elles. L'esprit de secte et de spéculation mystique n’avait pas encore envahi notre ville. Dans le nombre très-considérable de lettres du clergé genevois que nous avons collationnées, nous n’avons (à une seule exception près ) pas trouvé un mot qui pût faire soupçonner la plus légère dissidence entre les ecclésiastiques genevois ou chez leurs ouailles.! Aussi les relations du ! Voici ce que dit John Moore à ce sujet: « Je crois pouvoir affirmer qu’il n’est pas en Europe de ville où l'esprit du peuple soit moins qu’à Genève sous l'influence de la superstition ou de l'enthousiasme fanatique. Si Servet y ren-

trait, il ne courrait pas le moindre risque. Le clergé actuel, j’en suis persuadé, n’a pas plus de velléité que de pouvoir de molester qui que ce soit pour des

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