CHAPITRE III
un projet de conciliation qui eut le bonheur de ramener la bourgeoisie, tout en indisposant la classe nombreuse des Natifs, au point de provoquer en 1770 une sanglante émeute, à la suite de laquelle les mécontents vaincus allèrent porter leur industrie dans le pays de Gex.
Mais pendant les troubles précédents, le peuple avait imaginé, entre autres moyens d'opposition, de refuser systématiquement par abstention, en Conseil général, tous les candidats présentés pour les premières magistratures, ce qui, en dépit de la Constitution, avait forcé les syndics à rester en charge trois ans de suite. Il en fut de même pour le lieutenant, mais à l'égard de celui-ci avec des sentiments bien différents de la part des électeurs, dont il était aussi aimé que vénéré. Comme c'était de tous les magistrats supérieurs celui que ses fonctions mettaient le plus directement en rapport avec le peuple, surtout en cas de troubles, on comprend que les regrets, d’ailleurs très-réels, du Conseil étaient encore augmentés de ceux de se voir privé, dans des circonstances aussi critiques, des services d’un collègue dont la fermeté avait le mérite, rare alors, de se faire accepter de tous les partis. Aussi le Conseil, tout en témoignant au défunt les honneurs réclamés par l’opinion, voulut-il, contrairement à tous les usages, procéder même avant son inhumation à son remplacement, sinon comme lieutenant, au moins comme membre du Conseil d'Êtat, empressement d’autant plus significatif que le lieutenant ne siégeait pas dans ce corps tant qu’il était en charge.
Mais les séances précipitées que le Conseil tint à ce sujet du 3 au 8 juin, seul ou avec les CC, ne purent aboutir. Ces derniers et les plénipotentiaires des puissances médiatrices furent d’avis de surseoir à toute élection de remplacement du défunt, surtout en sa qualité de lieutenant. Il en fut de même aux élections de novembre, qui étaient celles de cette
magistrature annuelle. Ce fut ainsi que J. Galiffe, élu déjà pour 1765, maintenu irrégulièrement en 1766 et mort en charge cette même année, ne fut remplacé qu'après la pacification de 1768. Nos historiens n’expliquent pas comment on se passa de lieutenant pendant un an et demi : sans doute les auditeurs durent le remplacer en Conseil de régence. Dès le 18 juin 1766, le Conseil avait déposé son € bâton » (masse ou main de justice) dans € l'armoire de Messieurs de la Justice. »
En parcourant les correspondances familières de cette époque très-agitée, on est frappé, comme lors des troubles antérieurs, de la sécurité parfaite qu’elles semblent indiquer chez les familles dont les représentants étaient le plus directement engagés dans la lutte. On n’y trouve pas la plus légère allusion à ces événements d’un intérêt alors si général. Il ne fallut rien moins que les excès de la Révolution française pour déranger quelque peu la sérénité, paternelle en quelque sorte, de nos magistrats, en cela bien différents de leurs successeurs
du XIX° siècle.
De Georges-Tobie de Thellusson, du CC, seigneur de Bière, de Bérolle, etc., tige des marquis de Thellusson, comtes de Sorcy, etc. (l’un de ses fils fut ensuite baron de Coppet), à M. B. Galiffe, (alors) avocat à Genève, son futur neveu, de Paris, le 18 septembre 1766.
& J'ai appris, Monsieur, avec un vrai plaisir, la nouvelle de votre mariage avec Mademoiselle Naville, ma très-chère nièce, et suis on ne peut plus sensible à l’empressement que vous avez eu à me le confirmer. Recevez, Monsieur, mon compliment sur le nouvel état que vous allez embrasser, dans lequel je vous souhaite à l’un et à l’autre tout le bonheur possible. Ma belle-mère et ma femme, très-reconnoissantes de votre gracieux souvenir, me chargent de vous assurer de toute
la part qu’elles prennent à votre satisfaction. Nous avons été